Secteur minier : un énième audit pour quel impact réel sur la gouvernance minière ?
Audit minier : levier de production ou rituel administratif sans impact ?
L e lancement d’un audit généralisé des permis aurifères au Gabon traduit une volonté affichée de remise en ordre du cadastre minier, longtemps caractérisé par des titres sous-exploités, spéculatifs ou techniquement inactifs. Du point de vue de l’ingénierie minière que nous avons interrogé, une telle démarche est essentielle pour restaurer la traçabilité des droits, optimiser l’allocation des ressources géologiques et garantir une exploitation conforme aux standards opérationnels.
L’objectif gouvernemental de doubler la production d’or dès 2026 repose en effet sur un préalable incontournable : la mobilisation effective des permis d’exploitation. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’attribuer des titres, mais de s’assurer de leur mise en valeur réelle, avec des plans miniers validés, des investissements avérés et des capacités techniques démontrées.
Cependant, cette initiative soulève une interrogation récurrente dans la gouvernance publique gabonaise : celle de la portée réelle des audits. Ces dernières années, plusieurs opérations similaires ont été annoncées avec emphase — audit de la dette publique, audit des effectifs de la fonction publique, audit des baux administratifs — sans que leurs conclusions ne soient rendues publiques ni traduites en réformes structurelles visibles.
Dans le secteur minier, le risque est double. D’une part, l’absence de publication des résultats entretient l’opacité et fragilise la crédibilité du cadre réglementaire. D’autre part, le défaut de suivi opérationnel limite l’impact de ces audits sur la performance du secteur, laissant perdurer les inefficiences dans l’allocation des permis.
Pour qu’un audit du cadastre aurifère produise des effets tangibles, il doit déboucher sur des mesures correctives claires : retrait effectif des titres non conformes, réattribution transparente, renforcement des obligations de mise en valeur, et digitalisation du cadastre pour assurer un suivi en temps réel.
À défaut, cette nouvelle initiative risque de rejoindre la longue liste des audits sans lendemain, davantage perçus comme des instruments d’annonce que comme de véritables leviers de transformation économique.
