Gré à gré massif : 65 milliards pour BCC, l’opacité budgétaire érigée en mode de gestion ?
Libreville, 2 juillet 2026 – L’exigence présidentielle de livrer la Cité Émeraude au 16 août 2026 ne saurait occulter une anomalie budgétaire majeure : 93,25% des marchés publics passés en valeur en 2025 l’ont été par entente directe, selon les données of
D e la mise en concurrence à l’attribution discrétionnaire : Les chiffres du portail de la Direction Générale des Marchés Publics sont sans appel. Sous l’ancien régime, Bulding Construction Company (BCC) remportait deux contrats pour 3,14 milliards FCFA via appel d’offres ouvert, dans le cadre du PISE financé par l’AFD. Depuis le 30 août 2023, la trajectoire est inversée. Entre février 2024 et juillet 2025, au moins neuf marchés ont été attribués à BCC, pour un encours cumulé de 64,75 milliards FCFA. Particularité : 100% de ces contrats ont été conclus par entente directe. Le projet Cité Émeraude concentre à lui seul 53,59 milliards FCFA, soit 83% de ce volume, confiés au même opérateur sans mise en concurrence.
Une dérogation qui interroge le principe de soutenabilité : En finances publiques, l’article 42 du Code des Marchés Publics pose l’appel d’offres comme procédure de droit commun. L’entente directe n’est recevable qu’en cas d’urgence impérieuse, de monopole technique ou de secret-défense, et doit être strictement motivée. Or, le taux de 93,25% de gré à gré en valeur sur 2025 traduit une débudgétisation de la concurrence. Cette concentration du risque opérationnel et financier sur un unique titulaire, pour des engagements pluriannuels dépassant 60 milliards FCFA, soulève trois risques systémiques :
1. Aléa moral : absence de benchmark prix rendant impossible l’évaluation de l’efficience de la dépense. 2. Risque d’éviction : assèchement du tissu de PME locales du BTP, contraires aux objectifs de contenu local. 3. Risque fiduciaire : opacité sur les bénéficiaires effectifs, les capacités techniques certifiées et les garanties bancaires de BCC.
L’exigence de redevabilité ne se négocie pas : L’efficacité opérationnelle — livrer un immeuble à date — relève de la gestion de projet. La redevabilité — justifier pourquoi et comment 65 milliards ont été engagés sans publicité ni concurrence — relève de la gouvernance financière.
A ce stade, aucune étude d’impact, aucun rapport d’évaluation préalable, aucun avis motivé de la Commission des Marchés n’a été rendu public pour justifier le recours systématique à l’article dérogatoire. Le principe d’annualité budgétaire et de spécialité des crédits impose pourtant une traçabilité intégrale de la décision publique.
Le béton ne fait pas la transparence : Si la verticalité du pouvoir peut accélérer un chantier, seule la transparence procédurale consolide la confiance des marchés et des contribuables. En l’absence de données sur la structure capitalistique de BCC, ses références techniques vérifiables et les matrices de prix unitaires, le doute sur l’optimisation des deniers publics demeure entier. Une République crédible ne se mesure pas aux délais tenus, mais à la qualité des procédures qui y conduisent. À 65 milliards d’engagements par entente directe, le Gabon ne construit pas seulement des immeubles. Il teste la résilience de son cadre de gouvernance financière.
