Baisse des taux directeurs de la BEAC
La Banque centrale poursuit l’assouplissement monétaire pour soutenir la reprise en zone CEMAC
L e Comité de Politique Monétaire de la Banque des États de l’Afrique Centrale a confirmé lundi le virage accommodant amorcé fin 2025. En abaissant son principal taux directeur de 25 points de base, de 4,75 % à 4,50 %, et en réduisant plus fortement le taux de la facilité de prêt marginal à 5,75 %, la BEAC envoie un signal clair : la priorité est désormais au soutien de l’activité, sans renier la stabilité des prix.
1. Les trois leviers activés • TIAO à 4,50 % : Le coût de refinancement des banques baisse. Cela devrait se répercuter sur les taux débiteurs et stimuler le crédit au secteur privé, encore atone dans plusieurs pays de la CEMAC. • Facilité de prêt marginal à 5,75 % : La pénalité pour les banques en manque de liquidités se réduit de 50 pb. Le corridor monétaire se resserre, rendant la politique plus lisible et moins coûteuse pour le système bancaire. • Baisse des coefficients de réserves obligatoires : Non chiffrée dans le communiqué, cette mesure libère directement de la liquidité. C’est le levier le plus puissant à court terme pour doper la capacité de prêt des établissements. Le maintien du taux de facilité de dépôt à 0,00 % confirme la volonté d’éviter que les banques ne thésaurisent leurs excédents auprès de la Banque centrale.
2. Une décision cohérente avec les fondamentaux Le CPM justifie son choix par trois éléments clés : 1. Inflation maîtrisée : Après les pics de 2022-2023, l’inflation en zone CEMAC est revenue sous le seuil de 3 % visé par la BEAC, aidée par la détente des prix alimentaires et pétroliers. 2. Réserves de change en hausse : Les cours des matières premières et la discipline budgétaire de certains États membres ont permis de reconstituer le matelas de devises. Le taux de couverture extérieure de la monnaie s’améliore, donnant des marges de manœuvre. 3. Croissance à consolider : Si les projections 2026 tablent sur une croissance autour de 3,5 % pour la zone, elle reste fragile et très hétérogène. L’investissement privé demeure contraint par le coût du crédit. Dans ce contexte, le risque de surchauffe semble écarté. La BEAC estime pouvoir assouplir sans compromettre son mandat de stabilité monétaire.
3. Évaluation : un policy-mix équilibré, mais des points de vigilance Points positifs : • Timing opportun : L’assouplissement intervient alors que la Fed et la BCE ont elles-mêmes stabilisé ou baissé leurs taux, limitant le risque de fuite de capitaux. • Signal pro-croissance : Pour les PME et les projets d’infrastructures, un crédit moins cher est un levier immédiat. Le secteur bancaire, qui affichait des ratios de liquidité tendus, respire. • Crédibilité préservée : En agissant progressivement et en communiquant sur l’inflation maîtrisée, la BEAC évite l’écueil d’un revirement brutal qui aurait inquiété les marchés.
Risques à surveiller : 1. Transmission aux taux réels : La baisse du TIAO ne se traduira dans les conditions aux entreprises que si les primes de risque bancaires suivent. La BEAC devra veiller à la concurrence et à la santé du secteur bancaire. 2. Pression sur le Franc CFA : Même avec des réserves en hausse, un différentiel de taux trop faible avec l’euro pourrait raviver les tensions sur la parité fixe à moyen terme, surtout si la balance courante se dégrade. 3. Aléa budgétaire : L’assouplissement monétaire ne compensera pas les dérapages budgétaires. Si certains États relâchent leur discipline en comptant sur la liquidité facile, le bénéfice macroéconomique sera annulé.
Un pari calculé La BEAC prend le pari que la désinflation est durable et que la zone CEMAC a besoin d’un choc de crédit positif. C’est une décision d’analyste : basée sur les données, graduée, et réversible. Le prochain CPM devra évaluer l’impact réel sur le crédit et rester prêt à ajuster si l’inflation ou les réserves dévient. Pour les investisseurs, le message est double : le coût du capital baisse en zone CEMAC, mais la sélectivité sur la qualité des emprunteurs reste de mise. La politique monétaire fait sa part ; aux politiques budgétaires et structurelles de prendre le relais.
