Gabon : Makokou bradée aux étrangers, l’État regarde ailleurs
Makokou La colère monte dans le chef-lieu de l’Ogooué-Ivindo. Plusieurs parcelles de terrain passent discrètement aux mains de ressortissants camerounais et tchadiens, souvent via des arrangements opaques avec des propriétaires locaux acculés par la préc
S ur le terrain, les témoignages se multiplient. Des quartiers comme Mbolo ou Epassendje voient fleurir de nouvelles constructions financées par des étrangers, alors que des jeunes gabonais peinent à obtenir le moindre mètre carré. « On nous parle de souveraineté, mais la terre part sans bruit. Qui fixe les règles ? Personne », s’indigne un conseiller municipal qui a requis l’anonymat.
Le code foncier gabonais interdit pourtant la vente directe de terres du domaine national à des non-nationaux, sauf dérogation. Dans les faits, les contournements sont légion : prête-noms, baux emphytéotiques détournés, ou simples occupations tolérées faute de contrôle. Les services du cadastre et les autorités préfectorales, sous-équipés, avouent être dépassés.
Pour plusieurs influenceurs locaux, ce laxisme nourrit un sentiment d’abandon. « Makokou devient le symbole d’un pays qui refuse de protéger son territoire. L’État parle de frontières, mais où sont les limites quand il s’agit de la terre ? », martèle l’un d’eux sur les réseaux sociaux, vidéo à l’appui.
Les maires et députés de la province réclament depuis des mois un moratoire sur les transactions foncières impliquant des étrangers et un audit complet des titres délivrés depuis 2015. Leurs courriers restent, pour l’heure, sans réponse concrète de Libreville.
Pendant ce temps, le marché parallèle continue. À Makokou, la question n’est plus de savoir si le phénomène existe, mais jusqu’où l’État laissera faire avant que la tension ne déborde.
