Mindoubé : l'État gabonais au banc des accusés face au scandale des déchets
La projection du court métrage Mindoubé de Matamba Kombila, le 18 juin à l’Institut Français du Gabon, a mis à nu une réalité brutale : Libreville étouffe sous ses déchets, et l’inaction publique dure depuis quarante-cinq ans.
L e film plonge dans la décharge de Mindoubé, devenue une colline artificielle de détritus. Les chiffres et les images parlent d’eux-mêmes : sols contaminés, riverains exposés à des risques sanitaires majeurs, mangroves détruites, rivière Lowé asphyxiée par le plastique avant de vomir ses déchets dans l’océan. Une femme y fouille les ordures chaque jour pour nourrir sa famille. Voilà le visage humain d’un échec collectif.
« Cette colline n’existerait pas si nous n’y avions pas accumulé des déchets depuis quarante-cinq ans », tranche Matamba Kombila. Quarante-cinq ans de laxisme. Quarante-cinq ans sans politique de tri, sans filière de recyclage structurée, sans sanctions contre la pollution industrielle et domestique. Pendant ce temps, les mangroves, rempart naturel contre le dérèglement climatique, disparaissent et la vie aquatique s’effondre.
Le débat qui a suivi la projection, « Imaginer les circuits de recyclage de demain », a rappelé des solutions connues : tri sélectif généralisé, valorisation énergétique, transformation du plastique en matériaux de construction. Rien de nouveau. Ce qui manque, c’est la volonté politique.
L’État gabonais ne peut plus se cacher derrière les discours sur le développement durable. À Mindoubé, chaque tonne de déchets entassée est la preuve d’une démission. L’urgence sanitaire et environnementale est documentée. Les pistes techniques existent. Les citoyens, eux, subissent.
Mindoubé n’est pas qu’un film. C’est un réquisitoire. Et l’accusé principal reste l’État, dont le silence et l’inaction nourrissent la colline de déchets qui empoisonne Libreville. La responsabilité ne se partage plus : elle s’impose d’abord à ceux qui gouvernent.
