5 à 10% des recettes de l’État aux collectivités locales : Oligui Nguéma lance le grand chantier de la décentralisation
Libreville, 17 juin 2026
C ’est l’une des annonces fortes du discours sur l’état de la Nation. Devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguéma, a officialisé la volonté de l’État de transférer progressivement 5% à 10% de ses recettes propres aux collectivités locales.Une réforme qui pourrait rebattre les cartes du développement territorial au Gabon.
De quoi parle-t-on exactement ? Jusqu’ici, les collectivités locales – mairies et conseils départementaux – dépendent en grande partie des dotations de l’État, souvent jugées insuffisantes et irrégulières. Les « recettes propres de l’État » désignent l’ensemble des ressources fiscales et non fiscales collectées directement par le Trésor : TVA, impôts sur les sociétés, droits de douane, redevances pétrolières et minières, etc.
Affecter 5% à 10% de cette manne représente un changement d’échelle. À titre indicatif, sur la base du budget 2025 où les recettes propres avoisinaient les 2 300 milliards FCFA, le transfert pourrait injecter entre 115 et 230 milliards FCFA par an dans les caisses des collectivités.
Les enjeux : accélérer enfin la décentralisation 1. Donner des moyens d’agir aux maires et présidents de conseils Le constat est ancien : la décentralisation gabonaise bute sur le manque de ressources. Voirie, adduction d’eau, écoles, marchés, assainissement… les chantiers locaux sont nombreux mais peinent à démarrer faute de financements. Avec des ressources prévisibles et pérennes, les élus locaux pourront planifier, investir et répondre plus vite aux besoins de proximité. 2. Réduire les déséquilibres territoriaux Libreville et Port-Gentil concentrent l’essentiel des investissements. Un transfert garanti de recettes vers toutes les communes et départements vise à corriger cette fracture. L’enjeu sera de définir une clé de répartition équitable : population, superficie, niveau de pauvreté, potentiel fiscal… Les arbitrages s’annoncent techniques et politiques.
3. Rapprocher la décision du citoyen C’est le principe même de la décentralisation : une gestion au plus près du terrain pour plus d’efficacité et de redevabilité. Un maire qui dispose de son budget est directement comptable devant ses administrés. Cela pourrait renforcer la participation citoyenne et la culture du contrôle local. Quel impact à terme sur le développement local ? Si la réforme est bien conduite, trois effets sont attendus : 1. Accélération des projets de proximité : routes rurales, forages, électrification, dispensaires, appui aux PME locales. Les délais de réalisation pourraient chuter, les procédures étant gérées localement. 2. Dynamisation de l’économie locale : Les commandes publiques des mairies peuvent irriguer le tissu des TPE/PME du territoire, créer de l’emploi et retenir les jeunes dans leur localité. 3. Émergence d’une nouvelle gouvernance : À terme, on pourrait voir émerger une émulation entre collectivités, avec des élus qui innovent pour attirer habitants et investisseurs.
Une réforme sous haute surveillance L’annonce présidentielle fixe un cap politique fort : faire des territoires les moteurs du développement. Mais le chemin reste exigeant. Le Parlement devra traduire l’engagement en loi de programmation, le gouvernement préciser les modalités par décret, et les partenaires techniques appuyer la montée en compétence des collectivités. Le succès de cette mesure se jugera dans 3 à 5 ans : quand un habitant de Ndendé, Makokou ou Tchibanga verra concrètement sa rue bitumée, son marché réhabilité ou son école équipée grâce au budget de sa commune. La décentralisation financière ne vaut que si elle change la vie au quotidien.
