Projet Piepal, ce vaste chantier de 75 milliards qui n’a jamais fourni d’eau
Le président Oligui Nguema reconnaît l’échec et saisit la justice
L e président Brice Clotaire Oligui Nguema a officiellement reconnu l’échec du projet Piepal lors de son discours sur l’état de la Nation, devant les deux chambres du Parlement réunies, et a demandé à la justice de faire la lumière sur cette affaire. Ce programme intégré pour l’alimentation en eau potable et l’assainissement de Libreville, financé à 75 milliards de FCFA par la Banque africaine de développement (BAD), devait régler durablement la crise de l’eau dans la capitale gabonaise, mais reste, après 32 mois, « synonyme de lenteurs, d’attentes interminables et de désillusion populaire ».
1. L’objet du projet Piepal : 75 milliards pour 300 000 habitants Les objectifs initiaux • Population cible : 300 000 personnes supplémentaires, soit 31% de Libreville. • Taux d’accès à l’eau : passer de 55% à 90% pour la population urbaine. • Coût total : 77 milliards FCFA, révisé à 68 milliards FCFA. • Durée prévue : 2021–2024 pour le volet 1. Les infrastructures prévues Le projet comprend : • Le renouvellement des réseaux d’eau potable vétustes des communes de Libreville, Owendo et Ntoum. • La station de pompage du PK5, dispositif moderne géré à distance depuis la SEEG. • Le réservoir de 10 000 m³ de la Cité de la Caisse. • La pose de 21 000 compteurs d’eau. • La construction du bâtiment annexe de la Direction générale de l’eau.
2. L’échec du projet : 32 mois, 75 milliards engloutis, toujours pas d’eau Le paradoxe tragique « Trente-deux mois de patience. Des milliards engloutis. Et toujours pas d’eau dans les robinets. Voilà le triste paradoxe du Piepal ». Bien que le projet affiche un taux d’avancement technique de 95% et un taux de décaissement de 80%, l’eau potable se fait toujours attendre à Libreville. Les manquements criards L’inspection du 16 mars 2023, par le ministre Mayounou et sa déléguée Sidonie Moussirou, a constaté : • Des chaussées excavées ou mal revêtues. • Un retard sur le chronogramme des essais de pression et de désinfection. • Plusieurs voies jamais entamées. • Un problème de disponibilité en eau pour remplir les canalisations. « Dire que les travaux seront livrés à temps est une moquerie », a confirmé le ministre après sa visite inopinée.
3. Les responsabilités de l’administration gabonaise a) Gestion ministérielle défaillante b) Bureau de contrôle insuffisant Les bureaux de contrôle CFHEC et Conduril ont : • Assuré avoir « considérablement progressé » et garanti la livraison à temps. • Expliqué que le problème de disponibilité d’eau rend les essais difficiles. Mais ils n’ont pas empêché les retards abyssaux ni les chaussées mal revêtues. c) Manque de supervision politique • La BAD a dépêché un émissaire à Libreville pour vérification. • Le ministre Mayounou a dû faire une visite inopinée pour constater la réalité. • Plusieurs mois de problèmes de fuites sur l’axe Ntoum–PK5 n’ont pas été résolus.
4. Les responsabilités de l’opérateur chinois Sinohydro (CFHEC) L’entreprise adjudicataire Les fautes de Sinohydro/CFHEC • Essoufflement dès 2023 : « Sinohydro semble s’essouffler », titre Pyramid Medias en avril 2023. • Retard abyssal sur le chronogramme : o Creusement de tranchée. o Pose des conduites. o Lavage et rinçage. o Désinfection. o Essais de pression. o Réfection de chaussée. Toutes ces étapes accusent du retard. • Chaussées mal revêtues : plusieurs voies excavées ou jamais entamées. • Promesses non tenues : bien qu’assurant une « livraison à temps », le problème d’eau reste un casse-tête chinois. • Problème de fuites persistantes : sur l’axe stratégique Ntoum–PK5, identifiées depuis des mois, mais non résolues.
5. L’impact sur les populations : 300 000 Gabonais sans eau • 300 000 personnes devaient accéder à l’eau potable grâce au Piepal. • 31% de la population de Libreville restait sans accès fiable. • 32 mois d’attente interminable. • Taux d’accès toujours à 55%, au lieu de 90% promis. « Toujours pas d’eau au robinet » après 30 mois, titrait L’Union en juillet 2024.
6. La décision du président Oligui Nguema : reconnaître l’échec et saisir la justice Lors de son discours sur l’état de la Nation, devant les deux chambres du Parlement réunies, le président Brice Clotaire Oligui Nguema : • a reconnu officiellement l’échec du projet Piepal ; • a demandé à la justice de faire la lumière sur cette affaire, dans le cadre de la lutte contre la corruption et l’impunité au cœur de la Cinquième République. Ainsi, le président a affirmé : « Chaque gestionnaire devra rendre compte de ses actes, y compris devant la justice ».
