Scandale au Palais de Justice de Libreville : un faux brigadier -chef de la sécurité pénitentiaire exerce au tribunal pendant 7 ans
Sept ans d’imposture révèlent la faillite de la tutelle du Ministère et de la Sécurité pénitentiaire
L e scandale est retentissant. Pendant près de sept ans, un faux brigadier-chef de la Sécurité pénitentiaire, Exaucé Mavoungou, a évolué librement au sein du Palais de Justice de Libreville, aux côtés des magistrats, greffiers, OPJ et gendarmes. Il aura fallu la tentative présumée de vol de scellés judiciaires contenant du chanvre indien pour que l’imposture éclate.
Une tutelle défaillante, un système poreux Comment un individu sans matricule, sans statut légal, sans affectation officielle a-t-il pu revêtir l’uniforme, arborer les galons et exercer une mission régalienne pendant sept ans ? La question accuse directement la tutelle : le Ministère de la Justice et la Direction de la Sécurité pénitentiaire.
L’affaire met à nu des failles béantes dans les contrôles administratifs. Aucune vérification d’identité, aucun contrôle d’effectif, aucun audit interne n’a permis de démasquer l’imposteur. La chaîne hiérarchique, censée garantir l’intégrité du corps, a failli à tous les niveaux. Pire : l’accès aux zones sensibles, aux procédures et aux scellés judiciaires est resté ouvert à un homme qui n’avait ni droit ni qualité.
Des responsabilités en cascade Qui a fourni l’uniforme ? Qui a couvert sa présence quotidienne ? Qui a validé, tacitement, sa participation aux opérations judiciaires ? Ces interrogations pointent vers des complicités internes ou, à tout le moins, une négligence institutionnelle grave. La tutelle ministérielle, garante de la sécurité des institutions judiciaires, et la hiérarchie de la Sécurité pénitentiaire, responsable de ses effectifs, ne peuvent se défausser. Sept ans d’usurpation de fonction publique, de port illégal d’uniforme et d’exercice apparent d’une mission d’autorité publique constituent un camouflet pour l’État de droit.
La confiance publique ébranlée Si un faux agent peut infiltrer le cœur du système judiciaire, qu’en est-il de la fiabilité des procédures, de l’intégrité des preuves et de la sécurité des justiciables ? L’affaire Exaucé Mavoungou n’est pas un simple fait divers. Elle révèle un effondrement des mécanismes de contrôle sous la responsabilité directe du Ministère et de la Sécurité pénitentiaire. Alors que la Direction Générale des Recherches (DGR) poursuit l’enquête et que le mis en cause doit être présenté au Procureur ce vendredi 5 juin, une seule certitude demeure : la tutelle doit rendre des comptes. Car au-delà de l’imposteur, c’est l’incurie d’un système qui est jugée. Des sanctions administratives et des réformes structurelles s’imposent. Sans elles, le Palais de Justice restera une forteresse aux portes ouvertes.
