UDB - L’Union des Bâtisseurs qui construit surtout du silence
On cherchait. On a fini par envoyer un avis de recherche.
C réé dans la foulée d’une présidentielle victorieuse, auréolé d’une majorité écrasante à l’Assemblée et au Sénat, nanti de tous les leviers du pouvoir, le parti présidentiel Union des Bâtisseurs semble avoir confondu "bâtir" avec "hiberner".
Six mois après sa naissance éclair, le bébé politique le plus gâté de la Ve République gabonaise donne surtout des leçons... d’apnée médiatique.
Des bâtisseurs en mode "ne pas déranger" : Sur le terrain ? Introuvables. Dans les débats publics ? Aux abonnés absents. Pour défendre le programme du président qu’ils sont censés porter ? On aurait plus vite fait de demander à un sourd d’expliquer un discours. L’UDB avait pourtant tout pour faire du bruit : 90% des sièges, des ministres issus de ses rangs, des gouverneurs, des maires, et même le droit de choisir la couleur des rideaux au Palais. Résultat : un parti fantôme qui gouverne par procuration et communique par télépathie. Interrogé sur cette discrétion monacale, un cadre du parti, qui a requis l’anonymat "par habitude", explique : "Nous travaillons en profondeur. Très en profondeur. Tellement en profondeur que même nous, on ne se voit plus." Profondeur abyssale, en effet.
La stratégie du courant d’air : À l’Assemblée, les députés UDB votent. C’est déjà ça. Mais défendre un texte, porter une réforme, expliquer l’action gouvernementale à la télévision ? Trop mainstream. Le parti préfère la méthode "vent coulis" : ça passe, mais personne ne le sent. Pendant que l’opposition, pourtant réduite à portion congrue, occupe l’espace médiatique, et que la société civile s’époumone sur chaque dossier, l’UDB cultive son art du flottement. Ni pour, ni contre, bien au contraire. Position de principe : attendre que ça se tasse. Position de repli : attendre que le président parle. Position définitive : attendre 2030. Un ministre UDB, visiblement surpris qu’on lui demande son avis, résume la doctrine : "Le président trace la voie, nous on la regarde. Avec respect. Et en silence." On appelle ça la discipline. Ou l’absence de pouls politique.
Majorité absolue, influence relative : Le paradoxe ferait rire s’il n’était pas payé avec l’argent public. Jamais un parti n’aura eu autant de sièges pour produire aussi peu de son. Les Gabonais découvrent un nouveau concept : la majorité silencieuse. Mais pas celle des urnes. Celle des bancs de l’Hémicycle, où l’on bâille à l’unisson. Les rares sorties de l’UDB tiennent en trois communiqués et deux photos de famille depuis janvier. À ce rythme, le congrès du parti aura lieu par visioconférence, micro coupé, pour ne déranger personne.
Bâtisseurs, mais de quoi ? En attendant, le président et son gouvernement avancent, seuls, défendent, seuls, encaissent, seuls. L’UDB, elle, contemple. Comme un actionnaire majoritaire qui aurait oublié qu’il possède l’entreprise. On nous avait promis des bâtisseurs. On a hérité de gardiens de musée : ils veillent sur le pouvoir, ne touchent à rien, et prient pour que personne ne vienne visiter. Prochaine étape logique : rebaptiser le parti "Union des Dormeurs Béats". L’acronyme tient toujours. Le programme aussi.
