Esther Miracle : huit condamnations pour un naufrage évitable
Le 28 mai 2026, le tribunal correctionnel de Libreville rend son verdict trois ans après la catastrophe maritime ayant fait 34 morts, 7 disparus et 124 rescapés sur la liaison Libreville-Port-Gentil
L e 9 mars 2023, le ferry Esther Miracle coulait au large de Libreville, emportant 34 vies et laissant 7 personnes portées disparues sur les 161 passagers à bord. Trois ans plus tard, le 28 mai 2026, le tribunal correctionnel de Libreville a rendu son verdict : huit accusés sont reconnus coupables de mise en danger de la vie d'autrui. Ce bilan judiciaire marque la fin d'une instruction fleuve, mais ne satisfait pas pleinement les familles qui réclamaient jusqu'à 5 milliards de FCFA d'indemnisation.
Les charges retenues sont lourdes : mise en danger de la vie d'autrui, blessures involontaires, omission de porter secours, faux et usage de faux. Parmi les condamnés figurent Fidèle Angoue Mba, ex-directeur général de la Marine marchande, et Blaise Mbadinga, patron de Royal Cost Marine exploitant le navire. Le parquet avait requis des peines de 2 à 5 ans de prison ferme assorties d'amendes jusqu'à 5 millions de francs CFA.
Le drame révèle un festival de dysfonctionnements : le signal de détresse donné vers 3 heures n'a déclenché les secours qu'après 6 heures d'attente. L'épave n'a toujours pas été sortie de l'eau trente-quatre mois après le naufrage, et plusieurs accusés ont été détenus au-delà de la durée normale fixée par le Code de procédure pénale. Les avocats de la défense ont plaidé que le naufrage résultait de défaillances techniques, administratives et du dispositif national de secours.
Ce verdict interpelle l'État gabonais sur la sécurité maritime. Les parties civiles estiment que la reconnaissance de culpabilité est insuffisante face à l'ampleur du drame. L'affaire illustre la nécessité urgente de renforcer les contrôles sur les navires de passagers et de réformer le dispositif de secours en mer. Pour les familles, la justice rendue reste incomplète sans indemnisation proportionnée et sans sortie de l'épave pour honorer la mémoire des disparus.
