Fly Gabon Holding : Luther Steeven ABOUNA YANGUI entre au conseil d’administration, un choix stratégique sous haute tension
Un strapontin supplémentaire pour un as de la finance publique en soutien au secteur aérien
L ibreville, 23 mai 2026 – La société Fly Gabon Holding vient de renforcer sa gouvernance. Par arrêté ministériel, Luther Steeven ABOUNA YANGUI, actuel Directeur général de la Comptabilité publique et du Trésor, a été nommé administrateur représentant le ministère de l’Économie et des Participations au conseil d’administration du transporteur aérien national.
Cette nomination intervient à un moment charnière pour Fly Gabon Holding, engagée dans un plan de redressement et d’expansion régionale. Elle soulève une question centrale : quel est l’impact d’un tel cumul de responsabilités pour l’État actionnaire, pour la compagnie et pour un haut commis de l’État déjà en charge d’un des postes les plus stratégiques des finances publiques ?
1. L’angle juridique : renforcer le contrôle de l’État actionnaire Sur le plan juridique, la désignation d’un représentant du ministère de l’Économie au sein de Fly Gabon Holding s’inscrit dans le cadre de l’ordonnance n°001/2018/PR portant régime des sociétés à participation publique. L’État, actionnaire majoritaire ou de référence, exerce son droit de regard par l’intermédiaire d’administrateurs qu’il mandate.
L’enjeu de la nomination : • Sécuriser les deniers publics : En tant que DG de la Comptabilité publique et du Trésor, Luther Steeven ABOUNA YANGUI est le garant de l’exécution du budget de l’État et de la trésorerie publique. Sa présence au CA permet un contrôle direct sur l’utilisation des subventions, des avances de trésorerie ou des garanties souveraines dont pourrait bénéficier Fly Gabon. • Prévenir les conflits d’intérêts : Le cumul est encadré par la loi n°020/2005 fixant les règles de déontologie dans la fonction publique. L’administrateur ne peut ni contracter avec la société, ni percevoir d’autres rémunérations que des jetons de présence plafonnés. Sa mission reste celle d’un mandataire de l’État, non d’un gestionnaire opérationnel. • Aligner la gouvernance : Fly Gabon étant un opérateur stratégique, l’État resserre le lien entre politique budgétaire et politique de transport aérien. Les décisions du CA impactant les finances publiques — recapitalisation, endettement, investissements — seront désormais validées en présence directe du premier payeur de l’État.
2. L’angle économique : piloter le redressement d’un secteur vital Fly Gabon Holding est un instrument de souveraineté économique. Dans un contexte où les compagnies régionales peinent à être rentables, la nomination vise trois objectifs économiques : - Assainissement financier : Valider la trajectoire de réduction des coûts, la renégociation des dettes et la fiabilité des prévisions de trésorerie présentées au CA. - Mobilisation des financements: Faciliter le dialogue avec les bailleurs et les banques. La signature du Trésor crédibilise les montages financiers et rassure sur la garantie implicite de l’État. - Intégration dans la politique publique : Aligner la stratégie de Fly Gabon sur les priorités nationales : desserte de l’intérieur du pays, prix administrés sur certaines lignes, soutien à la ZLECAf. Pour l’État, disposer du DG de la Comptabilité publique au CA revient à installer un "capteur en temps réel" sur la santé d’une entreprise qui pèse sur le budget. Pour Fly Gabon, c’est l’accès direct à l’arbitrage budgétaire de l’État, crucial pour financer l’acquisition d’aéronefs ou l’ouverture de lignes déficitaires mais stratégiques.
3. L’angle financier : charge de travail vs. intérêt stratégique La Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor est l’une des administrations les plus sollicitées : clôture budgétaire, gestion de la dette, paie des fonctionnaires, régulation de la trésorerie. Ajouter un mandat d’administrateur d’une société en tension interroge.
Pourquoi accepter malgré l’agenda ? 1. Maîtrise du risque budgétaire : Un dérapage de Fly Gabon se traduit en appel de garantie, en subvention d’équilibre ou en recapitalisation. Être au CA, c’est anticiper plutôt que subir en loi de finances rectificative. 2. Cohérence de la chaîne financière : Le Trésor est à la fois caissier de l’État et financeur en dernier ressort de ses entreprises publiques. Siéger permet d’éviter les décisions de CA qui seraient ensuite bloquées au niveau du paiement par le Trésor lui-même. 3. Expertise technique : Peu de profils maîtrisent à la fois les normes OHADA, les règles de la comptabilité publique et les montages financiers aériens. La nomination capitalise sur une compétence rare, plutôt que de multiplier les interlocuteurs.
Les garde-fous indispensables : Pour que le cumul reste tenable, la charge doit être encadrée. Cela passe par des CA resserrés sur les sujets financiers, un reporting mensuel standardisé à la direction du Trésor, et l’appui d’une équipe de la Direction des Participations pour préparer les dossiers. Le risque serait de transformer l’administrateur en "DG bis" de la compagnie, ce qui sortirait de son mandat.
Conclusion : un pari sur la responsabilité La nomination de Luther Steeven ABOUNA YANGUI n’est pas une sinécure. Elle traduit la volonté de l’État de reprendre en main la gouvernance de Fly Gabon Holding en y plaçant son principal financier. L’impact attendu est double : renforcer la discipline budgétaire de la compagnie et sécuriser l’argent public engagé. Reste une équation à résoudre : celle du temps. Pour que l’intérêt stratégique l’emporte sur la surcharge opérationnelle, le rôle de l’administrateur-représentant devra rester strictement celui d’un contrôleur stratégique et financier, et non d’un co-gestionnaire. C’est à cette condition que la nomination servira à la fois le Trésor public et la relance du pavillon aérien gabonais.
