Affaire Bilie-By-Nze : pourquoi la chambre d’accusation maintient l’ex-Premier ministre en détention ?
Libreville, 15 mai 2026 – La chambre d’accusation de la Cour d’appel judiciaire de Libreville a tranché ce vendredi : Alain-Claude Bilie-By-Nze reste en détention préventive.
L es juges ont rejeté l’ensemble des recours déposés par ses avocats contre le mandat de dépôt du 16 avril et contre le refus de mise en liberté provisoire. Voici les éléments qui ont motivé cette décision.
1. Les critères de la détention préventive jugés réunis En droit gabonais, la détention préventive est une mesure exceptionnelle, encadrée par l’article 132 du Code de procédure pénale. Elle ne peut être ordonnée que pour : préserver les preuves, protéger les témoins, prévenir la fraude, garantir la représentation de l’inculpé ou maintenir l’ordre public. Selon des sources judiciaires proches du dossier, la chambre d’accusation a estimé que plusieurs de ces risques subsistent. Le dossier porte sur des faits qualifiés d’« abus de confiance et escroquerie » remontant à 18 ans, et les magistrats redoutent des pressions sur des témoins ou des tentatives de concertation, compte tenu du poids politique de l’intéressé.
2. Le statut d’opposant numéro un invoqué par la défense… et écarté par les juges Alain-Claude Bilie-By-Nze n’est pas un justiciable ordinaire : ancien Premier ministre, il dirige aujourd’hui le parti Ensemble pour le Gabon et s’impose comme le principal opposant au régime post-transition du président Oligui Nguema. Ses avocats — Mes Gisèle Eyue Bekale, Jean-Paul Moubembe, Sarah Ognyane et Karelle Obame — ont plaidé que leur client, « personnalité publique avec des garanties de représentation », ne présentait aucun risque de fuite ni d’atteinte à l’ordre public. Ils dénoncent une « instrumentalisation politique » de la justice. Argument rejeté : la chambre a considéré que le statut politique ne suffit pas à écarter les conditions de l’article 132.
3. Des « irrégularités procédurales » non retenues La défense contestait aussi la légalité du mandat de dépôt émis le 16 avril, évoquant des vices de procédure et une violation de la présomption d’innocence. La chambre d’accusation, qui a le pouvoir d’annuler les actes irréguliers en vertu de l’article 192, a estimé que les nullités soulevées n’étaient pas caractérisées.
4. Un contexte politique et judiciaire sous tension L’affaire intervient alors que la justice gabonaise est régulièrement accusée de « géométrie variable » par une partie de l’opinion. Depuis son placement sous mandat de dépôt le 16 avril, Bilie-By-Nze est incarcéré à la prison centrale de Libreville. Son parti dénonce un « isolement total » et l’impossibilité pour ses avocats d’obtenir des droits de visite. Et maintenant? Le maintien en détention ne préjuge pas de la culpabilité. L’instruction se poursuit « jusqu’à la fin de l’instruction », en attendant une éventuelle nouvelle demande de mise en liberté provisoire. La défense dispose encore de voies de recours devant la Cour de cassation. Pour ses soutiens, cette décision confirme une « judiciarisation du champ politique ». Pour le parquet, il s’agit simplement d’appliquer la loi à tous, « sans exception ». La prochaine étape judiciaire est donc attendue dans les semaines à venir, alors que le Gabon vit une séquence politique dense, entre Africa CEO Forum à Kigali et débats sur l’indépendance de la justice à Libreville.
