Citibank joue aux prophètes de malheur : son appel à dévaluer le franc CFA relève de l’ingérence et du mépris des réalités de la CEMAC
Quelques jours à peine après le durcissement par la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) des règles de rapatriement des devises imposées aux multinationales extractives, la banque américaine Citibank sort de sa réserve pour agiter le spectre d’un
1 . Une sortie opportuniste après le tour de vis de la BEAC : Le 2 mai 2026, la BEAC a rappelé à l’ordre les géants miniers et pétroliers : les devises issues de l’exportation doivent être rapatriées et cédées à 75% minimum sur le marché local. Mesure de souveraineté monétaire, saluée par plusieurs ministères des Finances de la CEMAC. La réponse de Citibank ne s’est pas fait attendre. Dans une note transmise à ses clients, la banque évoque une "dévaluation devenue nécessaire pour corriger les déséquilibres". Nécessaire pour qui ? Certainement pas pour les ménages de Brazzaville, N’Djamena ou Bangui, qui paieraient au prix fort une flambée des importations de riz, de médicaments et de carburant.
2. Le mythe des "déséquilibres" fabriqué à Wall Street : Citibank parle de déséquilibres. Les chiffres de la BEAC racontent une autre histoire : les réserves de change couvrent plus de 4,5 mois d’importations de biens et services, bien au-dessus du seuil de 3 mois recommandé par le FMI. Le déficit courant de la CEMAC s’est réduit à 1,2% du PIB en 2025, contre 4,8% en 2022. L’inflation est repassée sous 3% depuis janvier. Où sont les "déséquilibres" justifiant un choc monétaire ? Nulle part. Sauf dans les modèles de trading de New York, où une dévaluation du CFA ouvrirait des opportunités spéculatives juteuses sur la dette et les matières premières de la zone.
3. Dévaluer pour appauvrir : à qui profite le crime ? Une dévaluation n’est pas neutre. Elle divise par deux le pouvoir d’achat en devises du jour au lendemain. Les fonctionnaires, les étudiants, les PME importatrices trinquent. Les multinationales extractives, elles, voient leurs coûts locaux en CFA fondre et leurs profits en dollars exploser. En appelant à dévaluer, Citibank ne défend pas la stabilité de la CEMAC. Elle défend les bilans de ses clients pétroliers et miniers, contrariés par les nouvelles règles de rapatriement de la BEAC. C’est un lobbying déguisé en analyse.
4. La BEAC a choisi la souveraineté, pas la soumission : En renforçant le contrôle des devises, la BEAC fait ce que toute banque centrale responsable doit faire : protéger la monnaie, éviter la fuite des capitaux, et forcer les multinationales à jouer selon les règles du territoire qui les enrichit. Répondre par des menaces de dévaluation, c’est refuser aux États africains le droit de réguler leur économie. C’est le même logiciel colonial qui, en 1994, avait imposé une dévaluation de 50% avec les conséquences sociales que l’on sait.
La CEMAC n’a pas besoin de leçons de Citibank La zone CEMAC a ses défis : diversification, industrialisation, intégration. Aucun ne se réglera en cassant la monnaie. La stabilité du franc CFA est un bien public régional. Elle ne se négocie pas au gré des notes de conjoncture d’une banque américaine. Plutôt que de spéculer sur une dévaluation, Citibank ferait mieux d’expliquer à ses clients comment respecter les lois de la CEMAC. La BEAC a parlé. Les peuples de la zone méritent mieux que des prophéties de malheur téléguidées depuis Wall Street.
