Nairobi accueille le sommet Afrique-France : "Africa Forward"
Au Kenya, la France et l’Afrique veulent écrire une nouvelle page de leur partenariat
L a capitale kényane est depuis ce lundi 11 mai le théâtre d’un rendez-vous diplomatique majeur : le sommet "Africa Forward : Partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance" Co-présidé par le président français Emmanuel Macron et son homologue kényan William Ruto.
C’est la première fois qu’un sommet Afrique-France se tient dans un pays anglophone et qu’il est coorganisé avec un État africain. Un symbole fort, près de dix ans après le discours de Ouagadougou où Emmanuel Macron promettait la fin d’une "politique africaine de la France" au profit de partenariats d’égal à égal.
Quels sont les enjeux du sommet ? 1. Refondre une relation abîmée : Le contexte est tendu. Depuis 2017, Paris a vu son influence reculer au Sahel après les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, qui ont entraîné le départ des soldats français. L’armée française a aussi rétrocédé ses dernières bases au Tchad en janvier 2025 et au Sénégal en juillet dernier. Le nouveau président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, présent à Nairobi, estime que le maintien de ces bases était incompatible avec la souveraineté. Africa Forward se veut donc l’acte de naissance d’un partenariat renouvelé.
2. Miser sur l’économie et la jeunesse Exit les grandes déclarations militaires. Le sommet met l’accent sur les sujets économiques, l’entrepreneuriat et la jeunesse. Plus de 2 000 acteurs politiques et économiques sont attendus. L’objectif : accélérer les investissements croisés et financer des solutions concrètes aux défis communs.
3. Cinq chantiers prioritaires Les discussions s’articulent autour de domaines où l’Afrique attend des partenaires sérieux : Transition énergétique et industrialisation verte ; Économie bleue ; Agriculture durable et à valeur ajoutée ; Systèmes de santé résilients et production locale de vaccins ; Compétitivité numérique, accès à l’énergie et connectivité À cela s’ajoutent la restructuration de l’architecture financière mondiale et l’action climatique. Les accords d’investissement dans les énergies propres, l’IA et l’éducation devraient être au cœur du voyage présidentiel français.
4. Une gouvernance mondiale plus juste Paris et Nairobi veulent promouvoir des partenariats robustes et équilibrés qui refusent les logiques de bloc, les prédations et les nouveaux impérialismes. L’Afrique apporte des solutions concrètes, notamment sur le climat, rappelle Sandra Kassab, directrice Afrique à l’AFD.
L’Afrique y croit-elle encore ? Le choix du Kenya, puissance économique d’Afrique de l’Est non francophone, illustre la volonté française de sortir du "pré carré" traditionnel. Reste à convaincre. Comme le titre un média panafricain : "La France a perdu le Sahel. Elle essaie de sauver l'Afrique. Est-ce encore possible ?". Le sommet s’achèvera mardi 12 mai. Emmanuel Macron poursuivra ensuite sa tournée en Éthiopie, tandis que la présidente namibienne Netumbo Nandi-Ndaitwah effectuera une visite d’État au Kenya les 13 et 14 mai.
Africa Forward réussira-t-il à transformer les discours en projets concrets pour la jeunesse africaine ? Réponse dans les prochains mois.
