Secteur Minier : le Groupe Eramet refuse t-il la transformation locale et joue la montre ?
Eramet freine face à l’interdiction gabonaise d’exporter le manganèse brut dès 2029
L es négociations s’enveniment entre le Gabon et le groupe minier français Eramet. Le 1er janvier 2029, le gouvernement gabonais compte interdire l’exportation de manganèse brut pour imposer la transformation locale du minerai. Officiellement, Eramet « prend note » et promet un « partenariat constructif ». En coulisses, le géant français résiste à un calendrier qu’il juge précipité et qui menace son modèle économique.
Pourquoi le Gabon durcit le ton : 1. Souveraineté et valeur ajoutée : Le président Brice Clotaire Oligui Nguema veut « renforcer la base industrielle » du pays. Deuxième producteur mondial de manganèse, le Gabon entend capter davantage de revenus en transformant sur place au lieu d’exporter la matière première. 2. Emplois et diversification : La mesure vise à créer des usines, attirer des investisseurs et sortir de la dépendance au pétrole et au bois. La ministre de la Planification, Louise Pierrette Mvono, a demandé à Eramet et à sa filiale Comilog un plan d’action concret pour la « transformation locale ». 3. Tendance continentale : Libreville s’inscrit dans une vague de « nationalisme des ressources » : plusieurs pays africains exigent désormais que les minerais stratégiques soient traités localement.
Les arguments d’Eramet pour temporiser : 1. Impact économique et social : Présent depuis plus de 30 ans, Eramet rappelle avoir investi dans l’exploitation « responsable », la transformation et les infrastructures. Le groupe insiste sur la préservation de Comilog et Setrag, « fournisseurs de rang mondial » qui soutiennent 10 460 emplois gabonais. 2. Délai et faisabilité : L’interdiction à horizon 2029 laisse trois ans pour bâtir une filière de raffinage. Des observateurs jugent ce délai court pour créer les infrastructures nécessaires. Eramet dit vouloir « identifier de nouvelles opportunités » tout en assurant « la durabilité de ses activités ». 3. Risques financiers : Après une année 2025 compliquée et un incident au Sénégal en 2026, le groupe cherche 500 millions d’euros et a suspendu ses dividendes. Perdre l’export de brut menacerait 60% de ses revenus tirés du Gabon. Le titre a déjà plongé à l’annonce de la mesure.
Un bras de fer sous médiation française : Le Gouvernement français s’invite dans les discussions. Lors du Mining Indaba 2026, le ministre gabonais des Mines Sosthène Nguéma a défendu la nouvelle doctrine devant Eramet et l’ambassade de France. Paris tente de concilier apurement de la dette gabonaise et maintien des intérêts d’Eramet.
Et maintenant ? Le Gabon donne 3 ans au secteur pour se préparer et mise sur la formation locale, via l’École des Mines de Moanda, pour répondre aux futurs besoins. Eramet, de son côté, affiche sa coopération mais défend le rôle stratégique de Comilog. Sans compromis sur le calendrier et les investissements, le spectre d’une nationalisation partielle, comme pour le projet Maboumine en 2022, plane sur les négociations. En résumé : Libreville veut industrialiser, Eramet veut rentabiliser. L’échéance 2029 cristallise la résistance du groupe français face à une souveraineté minière revendiquée par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema.
