Lambaréné : L’agonie sociale du symbole Schweitzer
La mobilisation quotidienne devant l’hôpital traduit une détresse sociale profonde, alimentée par des mois de salaires impayés et l’absence de réponse des autorités.
L ’Hôpital Albert Schweitzer, fleuron séculaire de la santé dans le Moyen-Ogooué, traverse une zone de turbulences inédite. Ce mardi marque le sixième jour d'un bras de fer engagé par un personnel poussé dans ses derniers retranchements. Ici, l’engagement médical se heurte désormais à la réalité brutale des foyers sans revenus.
Devant l’entrée principale, le personnel ne se contente plus de soigner ; il manifeste. Blouses blanches et agents d’entretien font front commun derrière des slogans minimalistes mais explicites : « grève grève grève ». Ce cri du cœur traduit une détresse profonde face à des mois d’arriérés de salaires. Pourtant, dans les couloirs, le sens du devoir n’a pas totalement abdiqué. Un infirmier du bloc opératoire souligne ce paradoxe moral :
« Nous venons chaque matin depuis le déclenchement de la grève à bord des bus de l’hôpital, mais jusqu’alors nous n’avons aucune suite favorable par rapport à nos revendications. Nous nous sentons obligés de travailler pour réduire les risques chez les patients, surtout les femmes enceintes. »
Mais la résilience a ses limites. Le mutisme des autorités de tutelle pourrait transformer cette paralysie partielle en un séisme sanitaire. L’ultime avertissement est fixé au jeudi de la semaine prochaine. Evrard Moutembi, porte-voix syndical de l’institution, prévient sans détour :
« Nous continuons notre mouvement de grève illimitée et progressivement nous allons corser les choses. » Si rien ne bouge, Lambaréné risque de perdre son poumon médical.
