Travail illégal des mineurs : une pratique qui se banalise
Libreville face à une dérive silencieuse : quand la survie économique des familles normalise l’exposition des enfants à la rue
« Une présence devenue si familière qu’elle ne suscite presque plus d’indignation. »
À Libreville, un phénomène préoccupant refait surface avec une ampleur de plus en plus visible : le travail des mineurs, qui semble peu à peu s’installer comme une norme dans certains quartiers de la capitale. Du matin au soir, aux carrefours, devant les commerces ou le long des grandes artères, de nombreux enfants et adolescents s’adonnent à de petites activités commerciales, vendant de l’eau, des fruits ou divers produits pour subvenir à leurs besoins, ou à ceux de leurs familles. Une présence devenue si familière qu’elle ne suscite presque plus d’indignation.
Plus inquiétant encore, cette réalité tend à être banalisée, voire valorisée dans certains espaces publics et numériques. Sur les réseaux sociaux, des publications relayent ces scènes en saluant le « courage » ou la « débrouillardise » de ces jeunes, contribuant ainsi à normaliser une situation pourtant préoccupante. Derrière ces images souvent perçues comme inspirantes, se cache une réalité bien plus complexe, faite de précarité, de vulnérabilité et d’exposition à de multiples dangers, notamment en milieu urbain.
Or, en République gabonaise, le travail des mineurs est strictement encadré par la loi, et toute forme d’exploitation infantile est formellement interdite. En exposant ces enfants à la rue, la société compromet non seulement leur sécurité, mais aussi leur accès à l’éducation et à un développement équilibré. Ce phénomène alarmant, révélateur de dérives sociales profondes, interpelle sur une responsabilité collective : celle de protéger les droits fondamentaux de l’enfant et de refuser la normalisation de pratiques qui hypothèquent leur avenir.
