Gabon : la grève des greffiers met la justice à l’épreuve
Les tribunaux fonctionnent au ralenti depuis ce lundi 2 mars 2026. Dans plusieurs juridictions du pays, guichets fermés, audiences reportées et dossiers en attente traduisent les effets d’un mouvement d’arrêt de travail lancé par le Syndicat national des
R éuni en assemblée générale extraordinaire, le syndicat a décidé d’observer des « journées mortes » dans les services de greffe. À l’origine de cette mobilisation, un incident survenu le 25 février au tribunal de première instance de Libreville, au cours duquel des agentes du greffe ont été agressées par une justiciable mécontente de ne pas retrouver son dossier lié à un litige foncier. Selon plusieurs sources concordantes, le dossier concerné se trouvait alors entre les mains d’un magistrat et non du greffe.
Si cet épisode a servi de déclencheur, les représentants des greffiers estiment qu’il révèle des difficultés plus larges : conditions de travail tendues, pression croissante du public, effectifs limités et exposition régulière aux frustrations des usagers.
Peu visibles du grand public, les greffiers jouent pourtant un rôle central dans le fonctionnement quotidien des tribunaux. Ils assurent l’enregistrement des affaires, la conservation des pièces, la rédaction et l’authentification des actes, ainsi que le suivi administratif des procédures.
À l’audience, ils consignent les débats et donnent une valeur légale aux décisions rendues. Dans les services d’instruction comme au parquet, ils garantissent la traçabilité et la régularité des dossiers. Sans ces tâches, aucune procédure ne peut avancer.
De l’avis de plusieurs praticiens du droit, la suspension des activités de greffe entraîne mécaniquement le blocage de toute la chaîne judiciaire.
Depuis le début du mouvement, des audiences ont été renvoyées et certains actes ne peuvent être délivrés. Les reports affectent aussi bien les contentieux civils que pénaux.
Pour les justiciables, cela signifie davantage d’attente : décisions retardées, dossiers non traités, formalités administratives suspendues. Une situation qui pourrait accentuer l’engorgement déjà constaté dans certaines juridictions si le mouvement se prolonge.
Le Syndicat national des greffiers (SYNAGREF) indique avoir saisi les responsables des juridictions ainsi que le ministère de la Justice afin de trouver des solutions. Les autorités, de leur côté, n’ont pas encore communiqué officiellement sur les mesures envisagées.
Au-delà du conflit social, cet épisode rappelle la place stratégique des personnels de greffe dans le service public de la justice. Leur mobilisation met en lumière une réalité souvent méconnue : le bon fonctionnement des tribunaux repose autant sur ces agents techniques que sur les magistrats.
L’issue des discussions à venir déterminera la rapidité du retour à la normale. En attendant, la justice gabonaise avance au pas, suspendue à la reprise de ses greffes.
