Litige foncier : Affaire veuve Ngounda
Au Gabon, la sagesse populaire recommande de ne jamais nier l'existence de ce qu'on n'a pas vu - un conseil presque national tant la réalité y défie la logique. L'affaire de la veuve Ngounda en est une illustration parfaite.
C ette famille gabonaise acquiert régulièrement un terrain en 2007. Années de sacrifices, murs construits à la sueur du front, enfants élevés dans cette cour : un vrai foyer, pas un lot spéculatif.
En 2021, six mois après le décès du propriétaire, surgit un ressortissant algérien, M. Remichi, affirmant avoir acheté la même parcelle à plusieurs dates (2010, 2011, 2013), alors que les travaux des Ngounda étaient presque achevés. Sans préavis, escorté de la police, il interrompt les travaux. Au commissariat, on apprend à la veuve que "le terrain n'est plus le vôtre".
Première bizarrerie : le couple Remichi présente non pas un mais deux cédants distincts pour la même parcelle – tantôt NZOGHE BEKALE Georges, tantôt NZOGHE NGUEMA George. Deux identités pour une seule transaction supposée. Le droit élémentaire enseigne pourtant qu'un bien ne peut avoir deux vendeurs différents pour une même vente.
Deuxième incohérence : une renonciation au nom de NZOGHE NGUEMA George, alors que le décret provisoire est au nom de NZOGHE BEKALE Georges. Le document censé clarifier la propriété l'obscurcit davantage.
Les versions du couple varient : tantôt acquéreurs directs auprès d'un mystérieux "ambassadeur en France" introuvable, tantôt simples représentants d'une SCI. Propriétaires un jour, mandataires le lendemain.
Pourtant, ils brandissent aujourd'hui un titre foncier obtenu en 2021 – le Graal immobilier. Comment l'obtenir sans passer par l'Agence Nationale de l'Urbanisme, seule autorité compétente ? Sans traçabilité cadastrale ? Le miracle confine à l'alchimie.
Portée devant le Parquet, l'affaire se juge sans la veuve Ngounda, qui n'assiste à aucune audience. Le juge statue sur son sort sans débat contradictoire.
Au final : deux cédants pour un terrain, une renonciation au nom d'un tiers, un ambassadeur fantôme, des versions changeantes, un titre foncier opaque. Et face à ce chaos, une certitude : une famille gabonaise menacée d'expulsion après vingt ans d'occupation légitime.
Si ce dossier ne brisait pas des vies, on en rirait. Mais derrière la satire se cache une tragédie sociale. Quand les papiers se contredisent, que les identités se multiplient, que la justice n'entend pas les plus faibles, le droit cesse d'être un bouclier. Il devient une arme.
