Procès Reej et compagnie : la défense démontre que l’homosexualité n’est pas une infraction au Gabon
Une plaidoirie magistrale qui ébranle la Cour et relance le débat juridique au Gabon
C e qui devait être une simple audience liée à la diffusion d’une vidéo jugée choquante s’est transformée en un moment juridique majeur. La défense de l’artiste Reej L’Essibonais a démontré, textes à l’appui, que l’homosexualité n’est pas pénalement répréhensible au Gabon, en l’absence de toute sanction prévue par le Code pénal, tout en écartant formellement toute accusation de détournement de mineur. La décision est attendue pour le 14 janvier 2025.
Libreville, 7 janvier 2025. L’audience tenue ce matin au Palais de Justice de Libreville dans l’affaire opposant le ministère public à l’artiste Reej L’Essibonais restera comme l’une des plus marquantes de l’année judiciaire. Ce qui devait être une procédure ordinaire autour d’une vidéo jugée attentatoire à la vie privée et choquante pour l’opinion publique s’est muée en une véritable leçon de droit pénal, livrée avec rigueur et éloquence par la défense.
Poursuivi pour la diffusion de contenus considérés comme portant atteinte à la vie privée et susceptibles de troubler l’ordre public, l’artiste s’est rapidement retrouvé au cœur d’un débat bien plus vaste que son propre cas. Les échanges ont très vite basculé vers une question centrale et hautement sensible : la prétendue pénalisation de l’homosexualité au Gabon.
Face aux arguments de l’accusation, l’avocat de Reej L’Essibonais a méthodiquement déconstruit la thèse du parquet, démontrant, textes juridiques à l’appui, que l’homosexualité n’est pas pénalement répréhensible en droit gabonais, faute de toute disposition légale prévoyant une sanction. « Une pénalisation sans sanction n’a juridiquement aucun sens », A-t-il martelé, rappelant l’un des principes cardinaux du droit pénal : nullum crimen, nulla poena sine lege pas d’infraction, pas de peine sans texte.
Autre point déterminant du plaidoyer : la défense a formellement écarté toute qualification de détournement de mineur, précisant que le partenaire de l’artiste était majeur et pleinement consentant lors du tournage de la vidéo devenue virale. Aucun élément du dossier, selon elle, ne permet d’établir l’existence d’une infraction impliquant un mineur, réduisant ainsi à néant l’une des accusations les plus sensibles relayées dans l’opinion publique.
Moment de haute intensité dans la salle lorsque la défense a mis en garde contre toute dérive interprétative : « Le syllogisme n’est pas permis en droit pénal. On ne déduit pas une infraction par raisonnement. Elle doit être écrite, claire et sanctionnée par la loi. »
Une déclaration qui a plongé l’audience dans un silence lourd, révélant la fragilité juridique d’une poursuite davantage fondée sur une lecture morale que sur une base légale solide.
La défense a également rappelé que l’avocat du prévenu avait, bien avant cette affaire, publié un article consacré à l’égalité des genres et des droits, soulignant ainsi la cohérence intellectuelle et juridique des positions défendues aujourd’hui devant la Cour.
À l’issue de cette audience qualifiée par plusieurs observateurs de « procès du siècle », la Cour a mis l’affaire en délibéré. La décision est attendue pour le 14 janvier 2025.
Au-delà du sort judiciaire de l’artiste Reej L’Essibonais, cette affaire pourrait constituer un tournant jurisprudentiel majeur, en redéfinissant la frontière entre morale sociale, liberté individuelle et rigueur du droit pénal dans la République gabonaise.
