Du cachot rwandais au palais de justice de Libreville, le député pourra-t-il vraiment être poursuivi malgré son immunité parlementaire ?
Le député Augustin Lobelle Yembi change de décor, mais pas de dossier. Interpellé le 3 septembre à l’aéroport de Kigali après une altercation avec un superviseur de la compagnie RwandAir, le parlementaire gabonais a été autorisé à quitter le Rwanda le 6 s
M ais une question s’impose déjà : que va réellement pouvoir faire la justice gabonaise avec un député en exercice et donc potentiellement couvert par l’immunité parlementaire ?
L’affaire, qui aurait pu se terminer devant la justice rwandaise, prend ainsi une tournure pour le moins particulière. Kigali avait entre les mains un parlementaire gabonais impliqué dans une affaire judiciaire ; Libreville a obtenu son départ du territoire rwandais au nom des relations entre les deux pays. Désormais, c’est au Gabon que le dossier doit être traité. L’incident remonte au 3 septembre 2026. En transit à l’aéroport international de Kigali, Augustin Lobelle Yembi a été interpellé à la suite de faits présentés comme des violences à l’encontre d’un superviseur de RwandAir. Il a ensuite été placé en garde à vue dans le cadre de la procédure rwandaise. Après plusieurs jours, les autorités rwandaises ont finalement autorisé son départ. Selon les informations communiquées par les autorités gabonaises, cette décision s’inscrit dans le cadre des relations de fraternité entre le Gabon et le Rwanda et des liens entre les présidents Brice Clotaire Oligui Nguema et Paul Kagame.
Le dossier n’est toutefois pas enterré. Il change simplement de juridiction. Et maintenant, que fait-on de l’immunité parlementaire ? C’est là que l’affaire devient particulièrement intéressante. Une fois à Libreville, le député doit être mis à la disposition de la justice gabonaise. Mais cette formule ouvre immédiatement une autre interrogation : peut-on traiter un député en exercice comme n’importe quel justiciable sans tenir compte de son statut parlementaire ? La question de l’immunité parlementaire pourrait donc rapidement se retrouver au centre du dossier. Selon la nature exacte des poursuites envisagées et les règles applicables au Gabon, les autorités judiciaires devront déterminer les conditions dans lesquelles une éventuelle procédure peut être engagée contre le parlementaire. Autrement dit, rapatrier le député au Gabon ne signifie pas automatiquement qu’il sera placé en détention ou jugé dans les mêmes conditions qu’un simple citoyen.
Le plus cocasse dans cette affaire est peut-être là : la diplomatie a réussi à faire sortir le député de la procédure rwandaise, mais elle ne peut pas, à elle seule, écrire la suite du scénario judiciaire au Gabon. Kigali n’aura donc pas le dernier mot. Mais Libreville devra désormais répondre à une question autrement délicate : comment faire respecter la justice tout en tenant compte des protections attachées au mandat parlementaire ? Le dossier pourrait ainsi rapidement passer du fait divers diplomatique au débat institutionnel. Car après avoir évité au député un éventuel passage devant la justice rwandaise, il reste à savoir si Libreville pourra réellement le juger, ou si son statut parlementaire viendra compliquer la suite de l’affaire.
Une chose est désormais certaine : le député a changé de pays, mais pas d’affaire. Et à Libreville, le prochain épisode pourrait bien se jouer moins dans un tribunal que dans les couloirs de l’Assemblée nationale.
