MAGISTRATS SANCTIONNÉS : LE CONSEIL DE DISCIPLINE DU CSM FRAPPE FORT
Deux magistrats de haut rang sanctionnés à Libreville : Eddy Narcisse Minang radié, Bruno Obiang Mvé suspendu 12 mois
R éuni en audience disciplinaire ce mardi 25 août 2026 à Libreville, le Conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a prononcé deux sanctions majeures. Selon des sources judiciaires concordantes, le magistrat Eddy Narcisse Minang a été frappé de la radiation, la peine capitale disciplinaire. L'ancien Procureur de la République près le Tribunal de première instance de Libreville, Bruno Obiang Mvé, a quant à lui été suspendu pour 12 mois avec suspension partielle de traitement. Une décision historique qui consacre, dans les faits, la fin de l'immunité et de l'impunité au sein du corps judiciaire gabonais.
Libreville, 25 août 2026 - Le message est clair et sans équivoque. L'ère de l'intouchabilité dans la magistrature gabonaise est révolue. Le Conseil supérieur de la magistrature, statuant en formation disciplinaire sous la présidence de son président, s'est réuni ce mardi en audience solennelle. Au rôle de cette journée figuraient onze magistrats convoqués pour répondre de manquements présumés à l'éthique et à la déontologie.
La décision la plus lourde concerne M. Eddy Narcisse Minang. D'après les informations recueillies par Gabon Media Time auprès d'une source proche du dossier, le Conseil aurait prononcé à son encontre la radiation du corps de la magistrature. En droit disciplinaire gabonais, la radiation, prévue par le Statut de la magistrature, constitue la sanction du quatrième degré, la plus sévère. Elle emporte cessation définitive des fonctions et perte de la qualité de magistrat. Elle n'est prononcée que pour des fautes jugées d'une particulière gravité, incompatibles avec l'exercice des fonctions de juger.
Fait notable relevé au rôle d'audience communiqué par le Secrétariat permanent du CSM : le nom du magistrat apparaissait aux 10e et 11e positions, laissant supposer l'examen de deux procédures distinctes le concernant.
Seconde sanction d'envergure : M. Bruno Obiang Mvé, ancien Procureur de la République près le Tribunal de première instance de Libreville, aurait été suspendu de ses fonctions pour une durée de 12 mois, assortie d'une suspension partielle de son traitement. La suspension temporaire, sanction du troisième degré, prive le magistrat de l'exercice de ses fonctions tout en maintenant le lien statutaire. Elle traduit la volonté du Conseil de sanctionner fermement tout en préservant une possibilité de réintégration conditionnée à un comportement irréprochable.
Au-delà des cas individuels, cette audience disciplinaire regroupant neuf autres magistrats s'inscrit dans une dynamique de refondation de l'autorité judiciaire. Par ces décisions, le Conseil de discipline du CSM, garant constitutionnel de l'indépendance mais aussi de la responsabilité des magistrats, affirme un principe cardinal en État de droit : la robe de magistrat ne confère aucune immunité disciplinaire. L'indépendance du juge, principe sacro-saint, ne saurait se confondre avec l'impunité. Le justiciable est en droit d'exiger des magistrats une exemplarité absolue.
En l'état, et en qualité de juriste, la prudence impose de rappeler que le rôle d'audience ne vaut que convocation. Il ne détaille ni la qualification des griefs, ni les débats contradictoires, ni les motivations retenues. Conformément aux exigences du procès équitable disciplinaire, ces sanctions ne deviendront définitives et opposables qu'après notification régulière aux intéressés, avec mention expresse des fondements de droit et des voies de recours ouvertes devant la juridiction compétente, notamment le recours pour excès de pouvoir. Sous cette réserve de l'officialisation par procès-verbal, le signal envoyé depuis Libreville ce 25 août restera comme un acte fondateur de moralisation de la justice.
