La place des femmes dans l’espace public, une parité encore à conquérir
Leadership féminin : le chaînon manquant du développement gabonais
M ajoritaires dans la population et très présentes dans plusieurs secteurs clés comme l’économie informelle, l’éducation et la santé, les femmes gabonaises restent encore sous-représentées dans les espaces de décision. Malgré des avancées législatives et l’instauration de quotas, la parité demeure un objectif à atteindre, entre volonté politique, application des textes et transformation des mentalités.
Sur le papier, le Gabon a progressé. La Constitution garantit l'égal accès des femmes et des hommes à la politique, et le score du pays à l'indice "Femmes, Entreprise et Droit" de la Banque Mondiale est passé de 57,5 à 82,5 en un an grâce à une refonte du code civil et pénal.
Dans les faits, les chiffres restent modestes : • Au Parlement : L'Assemblée nationale compte 21,6% de femmes. Au Sénat, lors de l'élection de novembre 2025, le pourcentage de femmes élues s'établit à 24,3%. • Au Gouvernement : Le dernier gouvernement formé comptait 10 femmes sur 30 membres, soit 33,3%. Un chiffre présenté comme "une progression réelle, même s'il reste en deçà de la parité souvent évoquée".
Le principal frein est connu : la loi fixe un quota de 30% de femmes aux élections politiques et aux emplois supérieurs de l'État, et le Code électoral de 2025 prévoit qu'au moins 30% des candidats à l'Assemblée, au Sénat et aux conseils locaux doivent être des femmes. Mais comme le relevait le Sénat en juin 2023, ces quotas "ne sont pas respectés en raison de l'absence de décrets d'application".
Comparé à l'Afrique : le Gabon à la traîne des pionniers À l'échelle continentale, l'Afrique est paradoxalement le moteur de la parité parlementaire, grâce aux quotas et sièges réservés. • Le Rwanda reste champion du monde avec 61,25% de femmes parlementaires, et jusqu'à 61,3% selon l'UIP. • L'Afrique du Sud affiche 46,35%, le Sénégal 41,82% à 46,1%. • La moyenne mondiale, elle, stagne autour de 26,9% de femmes dans les parlements. Avec 21,6% à l'Assemblée, le Gabon se situe donc en dessous de la moyenne mondiale et loin derrière le top 10 africain où figurent aussi Namibie (44,2%), Mozambique (43,2%) ou Éthiopie (41,3%).
Le constat est partagé par les Gabonais eux-mêmes : selon Afrobarometer, la plupart saluent les efforts du gouvernement pour la représentation des femmes, mais une forte minorité reste insatisfaite de l'action contre les violences faites aux filles.
our bâtir cet avenir plus pacifique, juste et sûr que vous évoquez, les solutions existent et sont déjà expérimentées ailleurs sur le continent : 1. Rendre le quota contraignant et sanctionnable Inspiré du Rwanda et du Sénégal, où la présence obligatoire de 50% de femmes sur chaque liste a engendré une meilleure représentation, le Gabon doit publier les décrets d'application et assortir le quota de 30% de sanctions financières pour les partis non-conformes et de rejet des listes. 2. Passer de la parité quantitative à qualitative La loi du 19 juillet 2023 est une piste : elle prévoit que d'ici janvier 2026, les femmes devront représenter 50% des effectifs dans les cabinets des ministres et du chef de l'État. Il faut l'étendre aux postes de décision stratégique - Défense, Intérieur, Finances - et non seulement aux portefeuilles sociaux. 3. Sécuriser l'espace public pour les femmes La progression mondiale des femmes au parlement "s'essouffle" à cause des violences et intimidations visant les élues. Au Gabon, le PNUD rappelle : "Le Gabon de demain ne pourra se bâtir sans la participation des femmes leaders et engagées." Cela passe par des financements dédiés aux campagnes féminines, des crèches parlementaires, une lutte ferme contre le cyber-harcèlement politique et des programmes de mentorat via le REFESEG, le réseau national des femmes sénateurs. Le cadre légal est là. Reste la volonté politique de transformer le 30% inscrit dans les textes en 50% vécus dans les hémicycles, les conseils municipaux et les conseils d'administration.
