Accaparement des terres : un risque majeur pour l’économie gabonaise
L’ombre d’une mainmise sur le foncier urbain
L ibreville–Akanda, le foncier au cœur d’une bataille économique stratégique : dérives, concentration et inquiétudes sur la souveraineté foncière, un enjeu national sous pression.
Face à la montée des tensions sur le foncier urbain à Libreville et Akanda, plusieurs acteurs économiques tirent la sonnette d’alarme. Selon des informations relayées notamment par Direct Info, des pratiques d’accaparement progressif des terrains stratégiques alimenteraient une forme de concentration préoccupante du marché immobilier, avec des conséquences directes sur l’accès au logement, la concurrence et la souveraineté économique nationale.
Dans plusieurs zones à forte valeur ajoutée, des réseaux d’investisseurs — souvent structurés et disposant de capacités financières importantes — procèdent à des acquisitions massives de parcelles. Ce phénomène s’accompagne généralement de constructions rapides d’immeubles à usage commercial ou résidentiel, entraînant une raréfaction de l’offre foncière accessible aux opérateurs locaux et aux ménages gabonais. Cette dynamique rappelle des modèles déjà observés dans d’autres capitales africaines, où la concentration foncière a progressivement exclu les classes moyennes du marché immobilier, tout en renforçant des situations de quasi-monopole dans certains segments.
Les effets potentiels pour le Gabon sont multiples : hausse artificielle des prix du foncier et du logement, éviction progressive des entrepreneurs locaux du marché immobilier, dépendance accrue à des réseaux privés pour l’accès aux espaces commerciaux, tensions sociales liées à la perception d’inégalités d’accès à la propriété, fragilisation de la souveraineté économique sur des zones urbaines stratégiques. À cela s’ajoute une problématique de transparence, certains observateurs évoquant des acquisitions réalisées via des montages juridiques complexes ou des prête-noms, rendant difficile l’identification des véritables détenteurs d’actifs fonciers.
Cette situation met en lumière plusieurs insuffisances : faible régulation du marché foncier urbain, absence de plafonnement ou de contrôle sur la concentration de terrains, manque de transparence dans les transactions immobilières, insuffisance des mécanismes de suivi des investissements stratégiques.
Face à ces dérives potentielles, plusieurs mesures pourraient être envisagées. Mesures curatives : audit national du foncier urbain pour identifier les niveaux de concentration, révision des titres de propriété obtenus dans des conditions opaques, renforcement des contrôles sur les transactions immobilières à grande échelle. Mesures préventives : mise en place d’un cadastre numérique transparent et accessible, introduction de seuils anti-concentration sur les acquisitions foncières, priorité d’accès au foncier pour les citoyens et entreprises nationales, encadrement strict des investissements immobiliers dans les zones stratégiques, création d’une autorité de régulation du marché foncier.
Au-delà du débat économique, la question foncière touche directement à la souveraineté nationale. Le contrôle de l’espace urbain, des zones commerciales et des infrastructures immobilières constitue un levier stratégique majeur pour le développement du pays. Dans ce contexte, l’État est appelé à jouer pleinement son rôle de régulateur afin de garantir un accès équitable au foncier, préserver la concurrence, et éviter toute dérive susceptible de compromettre l’équilibre économique et social du Gabon.
