GABON-FRANCE : L'HEURE DE LA SOUVERAINETÉ PRODUCTIVE A SONNÉ
Cette visite d'État après 42 ans n'est pas une nostalgie Françafrique. C'est la mise en scène d'un nouveau deal : la France reconnaît la légitimité et la souveraineté retrouvée du Gabon, et le Gabon propose à la France de rester un partenaire privilégié, mais aux nouvelles conditions gabonaises : on transforme chez nous.
Q uarante-deux ans que le protocole de la République française n'avait pas déroulé le tapis rouge d'une visite d'État pour un président gabonais. Le symbole est immense, mais il ne doit pas tromper. Brice Clotaire Oligui Nguema ne vient pas à Paris chercher une bénédiction. Il vient notifier la fin d'un modèle au profit d'un partenariats gagnant-gagnant.
Pendant plus d'un demi-siècle, le pacte était simple et léonin. Le Gabon exportait brut, la France transformait et encaissait la valeur ajoutée. Manganèse de Moanda, pétrole offshore, bois de la forêt du Bassin du Congo : nos richesses quittaient nos ports pour faire tourner des usines étrangères et revenir chez nous sous forme de produits importés, hors de prix pour le Gabonais moyen. Ce temps est révolu.
Le modèle de transformation économique et social impulsé par le Président Oligui Nguema repose sur une doctrine claire, juste et non négociable : produire au Gabon ce que le Gabon possède. L'interdiction de l'exportation de manganèse brut à compter du 1er janvier 2029 n'est pas une provocation, c'est un acte de bon sens économique que toute nation souveraine aurait pris. Aucun pays au monde ne s'est développé en vendant sa terre sans la transformer. Pourquoi le Gabon devrait-il rester l'exception ?
Face à l'ancien colon et à ses entreprises historiques, le Gabon ne fait pas de la décolonisation émotionnelle. Il fait de la comptabilité nationale. Quand la Comilog extrait 7 millions de tonnes de minerai par an avec le groupe Eramet et que moins de 5% est transformé localement, ce n'est pas un partenariat, c'est une rente. La renégociation imposée à Oyem, l'exigence de raffineries, d'écoles de formation pour soudeurs, métallurgistes et ingénieurs gabonais, d'électricité industrielle produite au Gabon, est la condition minimale pour que l'entreprise française reste.
Le message de cette visite d'État est limpide pour Paris : la France a le choix entre deux destins au Gabon. Soit elle accompagne sincèrement notre industrialisation, en apportant capitaux, transferts de technologie et co-investissements dans les zones économiques spéciales, et elle demeurera un partenaire de premier plan. Soit elle s'accroche au vieux réflexe extractiviste, et le Gabon diversifiera, comme il a déjà commencé à le faire, avec d'autres partenaires prêts à construire des usines chez nous plutôt que de vider nos mines.
Défendre les intérêts du Gabon, ce n'est pas être anti-français. C'est défendre l'emploi de notre jeunesse, qui ne veut plus être gardien d'une mine mais opérateur d'une usine. C'est défendre notre budget social, nos hôpitaux et nos écoles, qui ne peuvent plus dépendre du cours volatil d'une matière première brute. C'est défendre notre forêt, car transformer le bois sur place, c'est mieux le tracer, mieux le valoriser et moins le gaspiller.
Le Président Oligui Nguema arrive à Paris en chef d'un État qui a retrouvé sa voix. La souveraineté n'est plus un slogan brandi à Libreville, c'est une feuille de route industrielle chiffrée. A la France de décider si elle veut l'entendre comme une menace ou la saisir comme une opportunité historique de refonder une relation adulte, entre deux nations égales qui ont enfin décidé de se dire la vérité.
