Affaire Camp de Boys : Mort de Jérôme ITOKA et dérives des litiges fonciers
Libreville, 6 juillet 2026 La mort de Jérôme Désiré ITOKA, survenue le samedi 4 juillet 2026 sur la parcelle disputée de Batterie IV, relance le débat sur l’explosion des conflits fonciers au Gabon. Un drame qui met en lumière des pratiques de spoliation dénoncées depuis des années et l’inaction judiciaire pointée par les familles.
D e la confiance trahie à la spoliation : Selon notre confrère de la presse judiciaire, tout commence en 1985. Avant son départ pour la France, Jean-Claude ALLOYE confie 100 000 FCFA à son ami Ayo ADIBET pour borner la parcelle familiale occupée depuis 1971 au Camp de Boys. Selon les héritiers ALLOYE, ADIBET aurait profité de cette mission pour faire enregistrer le bornage à son propre nom, laissant son ami dans l’ignorance. Après le décès d’ALLOYE en 2010, la parcelle est vendue à Mbaye ABDOUL KHADIR, qui détruit les habitations en 2013 avant de la revendre au promoteur d’origine libanaise Bakenda, via la SCI Équateur Power. Aujourd’hui, Ayo ADIBET vivrait en France, tandis que les héritiers se battent pour faire reconnaître ce qu’ils qualifient de spoliation.
Des documents au cœur des soupçons : Les héritiers contestent l’authenticité de l’Attestation de transfert du 21 août 1985 et du document « Entente ». Ils relèvent des fautes sur le nom « ALLOYE », des signatures différentes, l’absence de témoins et de représentants administratifs. Ils affirment aussi que les maisons censées avoir été construites à Ozoungué en échange du terrain n’ont jamais été retrouvées. Malgré des plaintes pour faux et usage de faux, des demandes d’expertise et des dénonciations répétées, Jérôme ITOKA et sa famille disent n’avoir obtenu aucune enquête approfondie. En 2024, entendus par la Brigade Spéciale de Police Judiciaire après une plainte de M. Bakenda, ils affirment que leurs alertes sur les irrégularités n’ont pas été examinées sur le fond.
Un décès qui interroge la justice : La mort brutale de Jérôme ITOKA sur le terrain litigieux a suscité une vive émotion. Si la SCI Équateur Power et son promoteur sont immédiatement cités par l’opinion, les archives consultées par la Presse Judiciaire Gabonaise orientent vers un « péché originel » : l’acte attribué à Ayo ADIBET en 1985. Pour la famille, le drame ne se résume pas à la perte d’un patrimoine. Il révèle un « silence institutionnel » face à des dénonciations de fraude foncière restées sans réponse judiciaire claire pendant des années.
Un mal gabonais qui se généralise : Ce dossier illustre une réalité plus large : la multiplication des litiges fonciers à Libreville et dans le pays. Des familles gabonaises dénoncent régulièrement des transferts de propriété douteux, parfois au profit d’opérateurs économiques d’origine étrangère, notamment libanaise, qui rachètent des terrains dont l’historique est contesté. La complexité des procédures, l’ancienneté des faits et le manque de traçabilité des documents alimentent un sentiment d’impunité. Quand la justice tarde à trancher, les tensions s’exacerbent et débouchent parfois sur des drames humains, comme celui de Jérôme ITOKA.
La question reste entière : pourquoi les signalements répétés des héritiers ALLOYE n’ont-ils pas déclenché les investigations demandées ? Pour beaucoup, seule une enquête transparente et complète sur l’authenticité des titres et la chaîne de ventes permettra d’établir les responsabilités. En attendant, l’affaire du Camp de Boys devient le symbole d’une urgence : assainir le foncier gabonais avant que d’autres vies ne soient brisées.
