Agriculture au Gabon : le partenariat avec la FAO peut-il vraiment transformer la production locale ?
Le partenariat entre le Gabon et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) suscite de nombreux espoirs dans un pays encore fortement dépendant des importations alimentaires. À Libreville, comme dans plusieurs provinces, la question est désormais claire : cette coopération peut-elle réellement changer la production locale et renforcer la souveraineté alimentaire ?
D epuis plusieurs années, la FAO accompagne le Gabon à travers un Cadre de Programmation Pays qui oriente son action vers trois priorités majeures : le renforcement de la gouvernance institutionnelle, la gestion durable des ressources naturelles et le développement des chaînes de valeur agricoles, forestières, halieutiques et aquacoles. En 2025, un nouveau cadre stratégique a été signé pour moderniser le secteur et donner une nouvelle impulsion à la coopération.
Sur le terrain, l’apport de la FAO est surtout technique. L’organisation aide à structurer les projets agricoles, à renforcer les capacités des producteurs, à améliorer la transformation des produits et à diffuser des méthodes plus efficaces, notamment à travers l’approche Champs Écoles Paysans. Elle a également soutenu des initiatives de maraîchage familial et urbain, comme le programme « Gabon famille verte », qui a permis à de nombreuses familles de produire elles-mêmes une partie de leur alimentation.
Mais l’impact réel de ce partenariat dépend d’un facteur essentiel : la capacité à passer de l’expérimentation à l’échelle nationale. Le Gabon continue d’importer une grande partie de ce qu’il consomme, ce qui montre que les progrès restent insuffisants face aux besoins du pays. Pour produire un changement durable, il faut aller au-delà de l’assistance technique et investir dans les intrants, le foncier, les routes rurales, le stockage, la transformation locale et les financements adaptés.
La FAO peut donc être un catalyseur, mais elle ne peut pas, à elle seule, transformer l’agriculture gabonaise. Le succès dépendra de la qualité de l’exécution, de la coordination avec l’État, de l’implication des jeunes et des coopératives, ainsi que de la capacité à attirer des financements complémentaires. En d’autres termes, la FAO peut ouvrir la voie, mais c’est la volonté politique et l’investissement national qui décideront si cette voie mène vraiment à une transformation du secteur.
