Bâtir le Gabon autrement : et si le premier chantier était le citoyen ?
La tentative de cambriolage déjouée de la centrale d’achat à Minvoul et l’affaire des 43 appartements achetés à Dubaï par Fabrice Andjoua, l’ex-directeur général du Budget, nous amènent à dénoncer les mentalités rétrogrades qui persistent dans notre pays.
À chaque annonce de grands travaux, à chaque lancement de projets structurants, l’espoir renaît. Routes, ports, logements, zones économiques… le Gabon investit, planifie et ambitionne. Pourtant, une question essentielle demeure trop souvent en marge du débat public : à quoi servent les infrastructures si les comportements ne suivent pas ?
Le développement d’un pays ne repose pas uniquement sur la solidité de ses institutions ou la modernité de ses équipements. Il repose, avant tout, sur la qualité civique de ses citoyens. Car une route bien construite mais mal entretenue, un bâtiment public rapidement dégradé, ou encore des services administratifs détournés de leur mission traduisent moins un déficit d’investissements qu’un déficit de responsabilité collective.
Le véritable chantier du Gabon est peut-être là : dans la transformation des mentalités. Une responsabilité partagée, souvent éludée Il est tentant de faire de l’État le seul responsable des insuffisances observées. Cette posture, bien qu’en partie légitime, occulte une réalité plus profonde : chaque citoyen participe, à son échelle, à la qualité du vivre-ensemble. Respect des biens publics, civisme fiscal, discipline dans l’espace urbain, intégrité dans les fonctions exercées… autant de comportements qui conditionnent directement la performance d’un pays. Peut-on exiger des routes impeccables si l’on banalise les dégradations ? Peut-on réclamer une administration efficace si les pratiques de contournement des règles persistent ? Peut-on aspirer à un État fort sans citoyens engagés ?
Le cercle vertueux du changement L’opposition entre « changer le pays » et « changer le citoyen » est, en réalité, un faux dilemme. Les deux dynamiques sont interdépendantes. Un État exemplaire favorise l’émergence de citoyens responsables. Mais, inversement, des citoyens exigeants, disciplinés et porteurs de valeurs fortes obligent les institutions à s’élever. C’est dans cette interaction que naît le progrès durable. L’histoire des nations montre que les transformations profondes s’enracinent toujours dans une évolution des mentalités : sens du bien commun, culture de l’effort, respect des règles, rejet de la corruption. Sans ces fondations invisibles, les politiques publiques les plus ambitieuses peinent à produire leurs effets. Réhabiliter les valeurs communes Le Gabon dispose d’atouts considérables : stabilité, ressources naturelles, potentiel humain. Mais ces atouts doivent s’appuyer sur un socle de valeurs partagées et vécues au quotidien. Il ne s’agit pas de discours abstraits, mais d’exigences concrètes : considérer le bien public comme un bien personnel à préserver ; valoriser l’intégrité plutôt que les raccourcis ; promouvoir le mérite et la compétence ; cultiver le respect des règles comme condition de justice. Ce chantier moral et civique est moins visible que les infrastructures, mais il est infiniment plus structurant.
Un appel à une révolution silencieuse Il ne s’agit pas d’accuser, mais de responsabiliser. Il ne s’agit pas d’opposer, mais de mobiliser. Le changement attendu ne viendra ni exclusivement des institutions, ni uniquement des citoyens pris isolément. Il naîtra d’une prise de conscience collective : chacun est acteur du destin national. Le Gabon de demain ne se construira pas seulement avec du béton et des budgets, mais avec des comportements renouvelés et des valeurs assumées. Et si, finalement, la première pierre à poser était celle de la responsabilité individuelle ?
