Explosion du parc automobile au Gabon : moteur de croissance ou facteur de congestion urbaine ?
Explosion du parc automobile au Gabon : moteur de croissance ou facteur de congestion urbaine ?
A près un creux post-2023, le marché des véhicules neufs a écoulé près de 9716 unités entre 2023 et 2024 (soit 5360 ventes en 2023 et 4316 en 2024), selon le ministère de l'Économie. Le marché automobile gabonais se caractérise par une forte dépendance à l'importation de véhicules d'occasion, principalement en provenance d'Europe et d'Asie, soumis à des taxes douanières avoisinant 53,4 %.
Les moteurs de la croissance du parc automobile : Plusieurs facteurs expliquent cette expansion rapide. D’abord, l’urbanisation accélérée de Libreville et de ses périphéries a entraîné une demande accrue en mobilité individuelle. La concentration des activités économiques et administratives dans la capitale a renforcé la dépendance à la voiture. Le parc national évolue de manière croissante, tiré par les besoins de mobilité urbaine (80 % de la population étant urbanisée). Ensuite, l’amélioration relative du pouvoir d’achat d’une partie de la population, combinée à l’accessibilité croissante des véhicules d’occasion importés, a facilité l’acquisition de voitures particulières. Le marché des véhicules d’occasion, souvent peu régulé, constitue aujourd’hui un vecteur clé de cette croissance. Par ailleurs, l’insuffisance et la faible structuration des transports publics ont incité les ménages à privilégier des solutions individuelles. L’absence d’un système de transport collectif fiable et étendu a renforcé cette tendance.
Des opportunités économiques réelles : L’augmentation du parc automobile génère plusieurs retombées positives. Elle stimule notamment des secteurs connexes tels que la distribution de carburants, la maintenance automobile, les assurances et les services de transport. Ce développement contribue également à la création d’emplois, tant dans le secteur formel qu’informel, notamment à travers les activités de transport urbain (taxis, transport privé) et les services mécaniques. En outre, la mobilité accrue peut favoriser la productivité économique en facilitant les déplacements professionnels et l’accès aux services.
Des impacts urbains et environnementaux préoccupants : Cependant, cette croissance rapide s’accompagne de conséquences significatives. À Libreville, la congestion routière est devenue un problème structurel, avec des embouteillages fréquents qui affectent la fluidité du trafic et augmentent les temps de trajet. L’infrastructure routière, souvent inadaptée à un tel volume de véhicules, subit une pression croissante, entraînant une dégradation accélérée des routes et des coûts d’entretien élevés pour l’État. Sur le plan environnemental, l’augmentation du nombre de véhicules contribue à la pollution de l’air et aux émissions de gaz à effet de serre. L’importation massive de véhicules d’occasion, parfois anciens et peu performants sur le plan énergétique, aggrave cette situation.
Des enjeux de gouvernance et de planification : Face à ces défis, la question de la régulation du secteur devient centrale. L’absence de politiques cohérentes en matière de transport urbain, de contrôle des importations de véhicules et de planification territoriale limite la capacité des pouvoirs publics à anticiper et encadrer cette évolution. La mise en place d’un système de transport public structuré, la promotion de solutions de mobilité durable (transport collectif, mobilité douce), ainsi que le renforcement des normes techniques et environnementales pour les véhicules apparaissent comme des leviers essentiels.
Vers un nouveau modèle de mobilité ? L’évolution du parc automobile gabonais constitue à la fois un indicateur de développement et un signal d’alerte. Sans réforme structurelle du système de transport et sans vision intégrée de l’aménagement urbain, les avantages économiques pourraient être progressivement neutralisés par les coûts sociaux, environnementaux et infrastructurels. Dans ce contexte, la transition vers un modèle de mobilité plus durable et mieux régulé s’impose comme un enjeu stratégique pour les autorités gabonaises, en particulier pour la ville de Libreville, cœur économique et administratif du pays.
