Scission de la SEEG : ce que le projet d’Oligui Nguema change pour l’énergie et l’eau au Gabon
Lors de son discours sur l’état de la Nation devant le Congrès réunissant Sénat et Assemblée nationale, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé la scission de la Société d’Energie et d’Eau du Gabon - SEEG. Objectif affiché : améliorer la qualité du service en séparant les métiers de l’électricité et de l’eau potable. Actuellement gérée par Veolia Africa depuis 2018, la SEEG assure les deux réseaux. La réforme prévoit donc de créer deux sociétés distinctes, l’une pour l’électricité, l’autre pour l’eau.
V oici les principaux atouts et inconvénients de ce projet de réforme : Les atouts mis en avant • Spécialisation et efficacité opérationnelle : Séparer l’électricité et l’eau permet à chaque nouvelle entité de se concentrer sur son cœur de métier. Les pannes, investissements et maintenance deviennent plus lisibles. Le modèle est déjà appliqué dans plusieurs pays africains comme le Sénégal avec SDE/Senelec, et au Maroc avec Lydec/Radeema. Résultat attendu : délais d’intervention plus courts, moins de coupures.
• Transparence financière accrue : Aujourd’hui les comptes électricité et eau sont fusionnés. Avec deux sociétés, l’État et les usagers pourront mieux suivre les coûts réels de production, les pertes en réseau, et les subventions. Plus de visibilité = meilleur contrôle des tarifs et des investissements.
• Attractivité pour les investisseurs : Un opérateur “eau uniquement” ou “électricité uniquement” est plus simple à évaluer pour des partenaires techniques et financiers. Le Gabon pourrait attirer des acteurs spécialisés, accélérer les projets de barrages, de stations de traitement, ou de renouvelables, sans que les problèmes de l’un des secteurs bloquent l’autre.
• Meilleure responsabilisation : En cas de crise : coupures d’eau ou délestages électriques, il sera plus facile d’identifier les responsabilités. Fini le flou sur “c’est un problème SEEG”. Chaque société rendra des comptes sur ses propres indicateurs. Les inconvénients et points de vigilance
• Coûts de transition et risques de désorganisation : Scinder une entreprise demande du temps : séparer les équipes, les systèmes d’information, les patrimoines, les contrats. Pendant 1 à 3 ans, il y a un risque de perte d’efficacité, de double emploi administratif, et de coûts supplémentaires pour l’État.
• Perte de synergies : Actuellement, la SEEG mutualise la facturation, la clientèle, les agences, les camions d’intervention. Deux sociétés = deux directions, deux centres d’appels, deux réseaux commerciaux. Pour l’usager, cela peut compliquer les démarches s’il doit gérer deux contrats et deux interlocuteurs.
• Impact sur les tarifs : Les économies d’échelle disparaissent. Si chaque secteur doit équilibrer seul ses comptes, les tarifs de l’eau ou de l’électricité pourraient augmenter, surtout si les investissements de rattrapage sont lourds. L’État devra arbitrer entre péréquation tarifaire et subventions pour protéger les ménages modestes.
• Enjeu de gouvernance : Une scission ne règle pas tout si la gouvernance reste faible. Sans cadres compétents, sans plan d’investissement clair et sans lutte contre les pertes techniques et commerciales, on risque juste de passer d’un monopole inefficace à deux monopoles inefficaces.
En résumé, La scission de la SEEG répond à une logique de spécialisation qui a fait ses preuves ailleurs. Elle peut améliorer la qualité du service et la transparence, à condition que l’État accompagne la transition avec un calendrier réaliste, des investissements massifs, et une régulation solide de l’ARSE. Le pari d’Oligui Nguema : casser un modèle jugé trop centralisé pour en sortir deux entreprises plus agiles. La réussite dépendra moins de l’annonce que de l’exécution sur le terrain, là où les Gabonais subissent encore coupures d’eau et délestages.
