Interdiction de l'Iboga au Gabon
Le gouvernement invoque la régulation, les tradipraticiens s’interrogent
L ibreville, 9 juin 2026 Le Ministère de la Culture, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative a annoncé, le 8 juin sur Gabon Première, l’interdiction de l’usage de l’iboga sur l’ensemble du territoire national. La mesure, prise sur instruction du ministre et relayée par le Secrétaire général, s’applique « quels que soient les motifs d’utilisation ».
Selon le ministère, l’objectif est de lutter contre l’exploitation non contrôlée et les dérives commerciales autour de l’iboga, plante classée comme patrimoine national. Les autorités évoquent des enjeux de santé publique, de protection de la ressource et de traçabilité. Le communiqué précise que toute utilisation devra désormais faire l’objet d’une autorisation préalable délivrée par le ministère.
Pourquoi cette mesure divise : 1. Un enjeu culturel et spirituel : L’iboga est au cœur des rites Bwiti et utilisée depuis des générations par des tradipraticiens à des fins rituelles et thérapeutiques. Pour ces acteurs, l’interdiction générale met sur le même plan l’usage traditionnel et l’exploitation commerciale. 2. Une question de procédure : Le ministère invite les utilisateurs à « se mettre en règle ». Des praticiens pointent toutefois la lourdeur administrative et s’inquiètent d’un blocage de fait de leurs activités. 3. Un chevauchement institutionnel : La gestion de l’iboga relève aussi du Ministère des Eaux et Forêts, compétent sur les espèces végétales protégées. La nouvelle interdiction soulève des questions sur l’articulation entre les deux départements.
Du côté du gouvernement, l’argument central reste l’encadrement d’une ressource sensible pour éviter le trafic et protéger les consommateurs. Du côté des communautés traditionnelles, culturelles et d’une partie de la jeunesse, la décision est perçue comme une rupture avec des pratiques identitaires. Les sportifs et acteurs culturels s’interrogent également sur l’impact concret de la mesure sur leurs disciplines, certains rituels ou préparations étant historiquement liés à des usages encadrés de la plante. Le ministère devra préciser les modalités d’obtention des autorisations, les critères d’éligibilité et les délais de traitement. L’équilibre entre impératifs de santé publique, protection de la ressource et respect des pratiques traditionnelles reste à définir.
En attendant, le débat porte sur la méthode : faut-il interdire pour mieux réguler, ou réguler sans interdire pour préserver les usages coutumiers ? La réponse déterminera l’adhésion des communautés concernées et l’effectivité de la mesure sur le terrain.
