SCANDALE PÉTROLIER : PERQUISITION CHEZ GUNVOR À GENÈVE, DES SOUPÇONS DE RÉTRO-COMMISSIONS AUTOUR D’UN CONTRAT GABONAIS D’UN MILLIARD DE DOLLARS
Genève, 2 juin 2026 Nouveau séisme dans le négoce pétrolier. Selon une enquête publiée ce 2 juin par l’ONG suisse Public Eye, les bureaux genevois de Gunvor, l’un des plus gros traders mondiaux, ont été perquisitionnés sur ordre du Ministère public de la Confédération. Au centre des soupçons : un prêt d’un milliard de dollars accordé en juin 2024 à la Gabon Oil Company (GOC), entaché de possibles faits de corruption d’agents publics étrangers et de versements occultes.
U n deal aux contours opaques : Le montage est colossal : 1 milliard de dollars prêtés par Gunvor à la GOC pour financer le rachat des actifs d’Assala Energy. En contrepartie, le négociant obtient l’exclusivité sur la commercialisation d’au moins 58 millions de barils de brut gabonais d’ici 2029, soit 20 à 25 % de la production nationale. Public Eye estime la marge potentielle pour Gunvor entre 200 et 250 millions de dollars sur cinq ans. L’ONG dénonce une négociation « dans l’opacité totale », sans appel d’offres public ni transparence sur les conditions.
Décorations, « facilitateurs » et départs en cascade : L’enquête cite plusieurs protagonistes. Six jours après la signature, trois cadres de Gunvor auraient été décorés de l’Ordre national du Mérite gabonais par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Pierre-Claver Maganga Moussavou, ancien vice-président, aurait « ouvert les portes du palais » avec un « mandat spécial » pour attirer les investisseurs. Il assure n’avoir perçu aucune rémunération. Côté Gunvor, le nom de l’homme d’affaires franco-marocain Mohamed Dagdag revient avec insistance. Présenté comme « facilitateur », il réclamerait aujourd’hui plus de 16 millions de dollars d’honoraires impayés devant les tribunaux de Dubaï. Gunvor affirme ne pas l’avoir mandaté, mais Public Eye évoque un contrat signé, des échanges WhatsApp et des factures. Après la signature, la filiale de Dubaï s’est vidée : Stéphane Degenne, numéro deux du groupe, a pris une « retraite anticipée » en mars 2025 à 56 ans ; Guillaume Letessier, directeur de Gunvor Dubaï, a été licencié en février 2025. Le PDG aurait depuis cédé 86 % du capital.
La promesse non tenue de 2020 : Gunvor s’était engagé en 2020 à bannir tout recours à des intermédiaires, après deux condamnations pour corruption : en 2019 pour des faits au Congo-Brazzaville et en Côte d’Ivoire, puis en 2024 en Équateur, sanctionnée par une amende de 661 millions de dollars. D’après Public Eye, l’agence maritime New Maritime DMCC aurait pourtant servi de « circuit parallèle » pour rémunérer discrètement des intermédiaires liés au dossier gabonais.
Questions sur la gouvernance pétrolière gabonaise : Pour l’ONG, l’affaire pose une question centrale au Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) : qui négocie réellement au nom du peuple gabonais, et avec quelles contreparties ? L’absence de transparence sur les commissions, les bonus et le rôle des « facilitateurs » alimente les soupçons de rétro-commissions.
Sollicités, Gunvor et les autorités gabonaises n’avaient pas réagi publiquement au moment de la publication de l’enquête. Le Ministère public de la Confédération n’a pas commenté la perquisition en cours.
Si les faits sont avérés, ils viendraient alourdir le passif judiciaire de Gunvor et relancer le débat sur la traçabilité des revenus pétroliers au Gabon, où le brut représente encore l’essentiel des recettes de l’État.
