Parquet de Libreville : Projet de création d'une Agence de Recouvrement
Face au 4ᵉ rang mondial du Gabon au risque de blanchiment, les parquetiers proposent une structure dédiée pour saisir, gérer et restituer les avoirs criminels
L e Gabon fait figure de mauvais élève dans la lutte contre le blanchiment d'argent. Selon l'indice Basel AML Index 2025 publié par le Basel Institute on Governance, le pays occupe le 4ᵉ rang africain et le 8ᵉ mondial des juridictions les plus exposées au risque de blanchiment, avec un score critique de 6,08 points le plaçant en catégorie « risque élevé ». Cette alerte internationale a résonné comme un sursis : la deuxième conférence des parquetiers de Libreville, clôturée le 4 avril 2026 à l'École nationale de la magistrature, a dégagé une recommandation structurante – la création d'une Agence nationale de recouvrement des avoirs criminels.
Cette agence spécialisée aura pour mission d'identifier, de saisir, de gérer et de restituer les biens gelés, saisis ou confisqués issus d'activités illicites ¬. L'objectif est de doter l'État gabonais d'un outil opérationnel capable de traquer les fonds détournés, prévenir leur transfert ou leur dissimulation pendant les enquêtes, et de réaffecter ces ressources au développement économique. Le cadre juridique existe déjà ; il s'agit maintenant de le rendre effectif avec une structure dédiée qui dépassera les limites des procédures judiciaires classiques.
La proposition s'accompagne d'un élargissement significatif des pouvoirs du procureur de la République. Les parquetiers plaident pour que le magistrat dispose de tous les leviers dans l'enquête des avoirs criminels, y compris l'ordonnance de saisies provisoires pendant la phase d'enquête. Cette mesure vise à prévenir le transfert ou la dissimulation des biens soupçonnés, un vide juridique qui a longtemps permis aux criminels financiers de mettre leurs actifs hors d'atteinte avant même le jugement.
L'harmonisation des textes nationaux avec les standards internationaux constitue le troisième pilier de cette réforme. Le Gabon doit aligner son droit sur les recommandations du Groupe d'action financière (GAFI) et du GABAC (Groupe d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique centrale). La réussite dépendra d'un chronogramme clair, d'un budget de fonctionnement robuste et d'une détermination politique sans faille. Comme l'a souligné Jacques Lebama, secrétaire général de la Chancellerie, ces recommandations feront l'objet d'une mise en œuvre progressive. L'enjeu n'est plus seulement de promettre, mais de récupérer concrètement les milliards détournés.
