Monsieur le Porte-parole, les Gabonais attendent des faits, pas des slogans
Pour convaincre, la communication présidentielle doit troquer la propagande contre des données chiffrées et vérifiables
D epuis plusieurs mois, Théophane Junior Nzame-Nze Biyoghe, porte-parole de la Présidence de la République Gabonaise, martèle une formule : « Tout est en train de changer dans vos vies ». Une phrase qui se veut porteuse d’espoir. Mais sur le terrain, dans les taxis de Libreville, les marchés de Port-Gentil ou les quartiers de Franceville, beaucoup de Gabonais peinent à voir le lien entre le slogan et leur quotidien.
Le décalage entre le discours et le vécu : Quand le panier de la ménagère reste grevé par le prix du riz importé, quand les coupures d’eau persistent à Owendo, quand un jeune diplômé envoie son 50e CV sans réponse, dire que « tout change » sonne creux. Le problème n’est pas d’affirmer une ambition. Le problème est de le faire sans preuves, sans calendrier, sans indicateur. La démagogie commence là où s’arrête la donnée. L’écart de 1,7 point entre la prévision de croissance de la BAD à 2,7% et celle du Gouvernement à 4,4% pour 2026 illustre ce besoin de pédagogie chiffrée. Les citoyens ont le droit de comprendre sur quelles hypothèses repose l’optimisme officiel : quels projets, quels emplois créés, quels délais, quel financement ?
3 dérives à éviter pour la parole publique : 1. Le hors-sujet émotionnel : Remplacer les bilans sectoriels par des formules générales dilue la confiance. Un citoyen qui attend son salaire ne se nourrit pas d’un slogan. 2. L’absence de données : Sans chiffres sourcés, le discours est inaudible face à l’inflation, au chômage des jeunes et à la dette publique. La conviction passe par la preuve. 3. La confusion entre annonce et résultat : Poser la première pierre n’est pas inaugurer. Lancer un programme n’est pas le réaliser. Les Gabonais savent faire la différence.
5 propositions pour une communication présidentielle plus crédible : 1. Publier un baromètre trimestriel : Sur 10 indicateurs du quotidien - prix du panier alimentaire, délai moyen aux urgences, taux d’exécution des routes, nombre d’emplois formels créés, accès à l’eau potable - donner les chiffres, les sources et l’évolution. Bon ou mauvais, le chiffre installe le débat sur le réel. 2. Documenter chaque annonce : Toute déclaration de progrès doit s’accompagner d’une fiche technique publique : budget engagé, localisation, calendrier, responsable, mécanisme de suivi. Un QR code vers le document en fin de communiqué suffit. 3. Organiser des points presse contradictoires : Inviter la presse, mais aussi des économistes indépendants et des représentants de la société civile. Répondre aux questions chiffrées. La contradiction fait la robustesse du message. 4. Parler aux poches avant de parler aux cœurs : Avant de dire « vos vies changent », expliquer en quoi le SMIG, le coût du transport, les frais de scolarité ou la facture SEEG ont évolué. Le pouvoir d’achat est le premier thermomètre. 5. Assumer les retards et les échecs : Communiquer, c’est aussi expliquer pourquoi un chantier prend du retard ou pourquoi un objectif n’est pas atteint. La transparence sur les difficultés renforce la crédibilité sur les succès.
Monsieur le Porte-parole, les Gabonais ne demandent pas le miracle. Ils demandent la vérité des prix, des délais et des résultats. Moins de superlatifs, plus de tableaux. Moins de promesses, plus de comptes rendus.
Si « tout change », alors montrez-nous où, comment, pour qui, et à quel coût. C’est à ce prix que la parole présidentielle redeviendra audible.
