Le recyclage éternel : quand les retraités du pouvoir bloquent l’ascenseur républicain
Le dernier communiqué du Conseil des ministres est tombé comme une gifle.
U ne liste longue de nominations, qui changent de main, des directions qui bougent. Sur le papier, c’est le grand remue-ménage administratif promis depuis des mois. Dans les faits, c’est un jeu de chaises musicales où les mêmes visages finissent toujours assis.
La promesse de la rigueur, la réalité du cumul Voilà des années que le gouvernement martèle un discours : réduire le train de vie de l’État, alléger la masse salariale, faire place nette. Pourtant, à chaque décret, ce sont les « Cocoteros » qui reviennent. Surnom donné à cette vieille garde qui a traversé trois régimes : le père, le fils, et maintenant le neveu. Trente, parfois quarante ans de carrière dans les cabinets, les ambassades, les sociétés d’État. Des hommes qui ont déjà liquidé leur pension mais refusent de liquider leurs ambitions.
Le paradoxe saute aux yeux : on prône la rigueur budgétaire tout en réembauchant ceux qui ont déjà profité du système pendant des décennies. Les indemnités de départ encaissées hier deviennent des traitements de ministre, de DG ou de PCA aujourd’hui. Double paie pour double pouvoir. Une jeunesse diplômée en salle d’attente Pendant ce temps, les amphithéâtres déversent chaque année des milliers de licenciés, masters et docteurs. Ingénieurs, juristes, économistes formés ici et à l’étranger. Leurs CV s’entassent dans les antichambres ministérielles. Leur seul tort : être nés trop tard.
Comment expliquer à un jeune cadre de 28 ans, qui a soutenu une thèse sur la gouvernance publique, que le poste de conseiller technique vient d’être confié à un octogénaire déjà ministre sous deux présidents ? Quel message envoie-t-on quand l’expérience se confond avec l’accaparement, et que le renouvellement devient une menace pour ceux qui tiennent les clés ? Les « Cocoteros » ne lâchent rien. Ni les postes, ni les privilèges, ni les voitures de fonction. Après avoir bâti des fortunes à l’ombre des palais, ils reviennent défendre « l’intérêt général » comme si l’État leur devait une retraite active.
L’illusion du mouvement Le communiqué donne une impression de dynamisme. Des noms bougent, des organigrammes sont redessinés. Mais regardez de près : ce sont les mêmes patronymes, les mêmes clans, les mêmes réseaux familiaux qui tournent. Un cousin remplace un oncle, un ancien directeur devient haut-commissaire, un ex-ministre réapparaît comme « chargé de mission spéciale ». Pendant que la mécanique tourne à vide, les urgences sociales, elles, n’attendent pas. Hôpitaux sans matériel, écoles sans tables-bancs, quartiers sans eau. À ces urgences-là, point de communiqué fleuve ni de nomination express. La réactivité administrative semble réservée aux retours de la vieille garde.
Le prix du surplace Gouverner avec des retraités, c’est condamner le pays à gérer les problèmes d’hier avec les solutions d’avant-hier. C’est priver l’administration d’énergies nouvelles, d’idées neuves, de méthodes modernes. C’est surtout installer un plafond de verre infranchissable pour toute une génération qui finit par choisir l’exil ou la résignation. On ne rajeunit pas un État en recyclant ses anciens. On ne crédibilise pas la parole publique en demandant des sacrifices aux fonctionnaires de base pendant que les doyens cumulent pensions et portefeuilles.
La question n’est pas de jeter l’expérience aux orties. Elle est de savoir quand l’expérience devient obstruction. Quand le devoir de servir se transforme en droit de s’accrocher. Si la République est un arbre, il faut parfois laisser tomber les feuilles mortes pour que de nouvelles branches poussent. Tant que les « Cocoteros » feront de l’ombre à toute la forêt, la jeunesse diplômée regardera le pouvoir de loin. Et le communiqué aura beau être riche en nominations, le pays restera pauvre en renouveau.
