FRONDE HISTORIQUE CHEZ BGFI : HENRI-CLAUDE OYIMA CONTESTÉ EN PLEINE AG
Analyse : Entre résultats records et défiance des actionnaires historiques, la gouvernance du géant bancaire de la CEMAC vacille
C e 15 mai 2026, les salons du Radisson Blu de Libreville ont été le théâtre d’une scène inédite dans l’histoire de BGFI Holding Corporation. Convoqués en Assemblée Générale Ordinaire et Extraordinaire, les actionnaires du premier groupe bancaire d’Afrique centrale ont vu la célébration d’un bilan « triomphal » tourner à la confrontation. Henri-Claude Oyima, PDG emblématique du groupe, a été ouvertement « chahuté » par une partie de l’actionnariat historique. Une fronde coordonnée, menée par le poids lourd de l’économie gabonaise Christian Kerangal, patron de Sogafric Holding.
1. L’objet de la fronde : 3 points de rupture A. L’augmentation de capital et la marche forcée vers la BVMAC L’AGE a acté une augmentation de capital de 10,06 milliards FCFA par émission de 1 006 975 actions nouvelles, et prépare une seconde levée de 81 milliards FCFA au 3ᵉ trimestre 2026. Objectif affiché : porter le flottant de 3,85% à 10% pour se conformer aux exigences de la BVMAC. Pour le bloc dissident, qui représente 32,38% du capital, cette « ouverture du capital menée au pas de charge » s’est faite « sans réelle concertation avec les bâtisseurs historiques ». L’introduction à la BVMAC le 7 mai 2026 a déjà dilué l’influence des familles fondatrices. BGFI pèse désormais 38% de l’indice All-Share de la BVMAC, avec 7 600 investisseurs issus de 24 pays. Les minoritaires historiques craignent une perte de contrôle et une gouvernance « de plus en plus centralisée ».
B. Le partage de la valeur : dividendes vs réinvestissement Paradoxalement, la fronde éclate alors que le groupe affiche des résultats « exceptionnels » : total bilan de 7 390 Mds FCFA (+24%), PNB de 414 Mds FCFA (+26%), résultat net de 133 Mds FCFA (+9%). L’AG a validé 36,821 Mds FCFA de dividendes, soit 2 500 FCFA par action. Le nœud du conflit : les actionnaires historiques reprochent à H-C. Oyima de privilégier le rendement boursier immédiat pour « maintenir un rendement compétitif pour ses nouveaux investisseurs », au détriment d’une stratégie de réinvestissement long terme. La promesse d’éligibilité des nouveaux actionnaires aux dividendes 2025 « d’ici le 15 mai 2026 » est vue comme un geste politique envers le marché, pas envers les fondateurs.
C. La gouvernance : le « fait du prince » Oyima La contestation cible directement la méthode de management. Le bloc Kerangal dénonce une gouvernance « centralisée » et des « orientations stratégiques » décidées sans consensus. Avec 50% des profits générés par le Gabon, les actionnaires gabonais historiques estiment être les garants de l’ADN du groupe. L’introduction en bourse et l’élargissement à 7 600 actionnaires imposent désormais « transparence et conformité aux meilleures pratiques internationales », un impératif qui heurte la culture historique du huis clos.
2. Les objectifs de la fronde : peser, pas rompre Avec 32,38%, le bloc d’opposition n’a pas la majorité pour bloquer les résolutions. Son objectif est triple : 1. Obtenir un contre-pouvoir au sein du Conseil d’Administration, pour freiner la centralisation. 2. Renégocier le calendrier boursier : étaler la seconde levée de 81 Mds FCFA et garantir un droit de regard sur les futures augmentations de capital. 3. Sécuriser les intérêts historiques : Christian Kerangal, figure tutélaire du capitalisme gabonais, veut éviter que BGFI ne devienne une simple « valeur de marché » déconnectée de son ancrage local.
3. Les risques : un géant aux pieds d’argile ? En termes de facteur de risques détaillés et impacts : 1. Gouvernance : Fracture entre direction et 32% du capital. Le plan « BGFI 2030 » pourrait être ralenti. Fracture entre direction et 32% du capital. Le plan « BGFI 2030 » pourrait être ralenti. 2. Boursier : La Cosumaf et la BVMAC devront traiter les « défis de gouvernance, de transparence et de protection des actionnaires minoritaires ».Volatilité du titre BGFI, déjà à 1 200 Mds FCFA de capitalisation. 3. Réputationnel : L’image de « consensus de façade » est brisée. Le discours de puissance d’Oyima sur BGFIBank Cameroun contraste avec la crise au sommet.Perte de confiance des déposants et des régulateurs CEMAC. 4. Opérationnel : L’AGE a validé 10 Mds FCFA pour « soutenir l’expansion continue ». Une guerre interne gèlerait les projets. Retard sur le plan de transformation 2030.
En somme, l’épreuve de vérité pour Oyima Henri-Claude Oyima a bâti BGFI sur une vision, un réseau et une autorité peu contestée. L’AG du 15 mai 2026 marque la fin de cette ère. Les résultats records ne suffisent plus à acheter la paix sociale actionnariale. Le PDG est désormais sommé de réussir sa mue : passer de fondateur tout-puissant à manager d’une société cotée, arbitre entre 7 600 actionnaires et un bloc historique qui refuse de devenir minoritaire dans sa propre création. Si le divorce n’est pas à l’ordre du jour, la cohabitation s’annonce « sous haute tension ». La prochaine échéance : le 3ᵉ trimestre 2026 et la levée de 81 Mds FCFA. Ce sera le premier vrai test de la nouvelle gouvernance de BGFI. Réussir à élargir le flottant sans faire imploser la maison : le défi existentiel du mastodonte bancaire de la CEMAC.
