Affaire Bilie-By-Nze : L’indignation du parti EPG
Entre colère politique et dénonciations d’une justice aux ordres.
L IBREVILLE, 16 mai 2026 – Le maintien en détention d’Alain-Claude Bilie-By-Nze a mis a semé le désarroi dans le camps politique de Monsieur 3% à l'élection présidentielle. Moins de 24 heures après la décision de la chambre d’accusation, le parti Ensemble Pour le Gabon (EPG) a dégainé un communiqué au vitriol, dénonçant une « dérive autoritaire » et une « instrumentalisation de la justice ». Mais derrière les mots forts, l’argumentaire juridique reste étonnamment discret.
Une réaction viscérale avant d’être fondée : Vendredi 15 mai, la chambre d’accusation confirme : l’ancien Premier ministre reste derrière les barreaux. La réponse d’EPG ne se fait pas attendre. Ton martial, accusations directes, référence à la « persécution politique » : le parti choisit le registre de l’émotion. On parle de « choc », de « coup porté à la démocratie », de « chasse aux opposants ». Des formules qui mobilisent la base militante, mais qui esquivent le terrain du droit. Car dans son communiqué, EPG ne conteste ni les faits reprochés à son président, ni les motifs précis retenus par les juges pour justifier la détention. Pas de référence aux articles de loi, pas de déconstruction de l’ordonnance. L’indignation sélective est totale, l’analyse juridique, elle, absente.
La stratégie de l’émotion comme bouclier politique : En misant sur l’émotion, Ensemble Pour le Gabon cherche d’abord à resserrer les rangs. Le parti sait que l’image de Bilie-By-Nze en « martyr politique » parle davantage à l’opinion que des débats techniques sur la détention préventive. Le terme « dérive autoritaire » agit comme un cri de ralliement. Il déplace le débat : on ne discute plus du dossier, mais du système. Problème : à force de crier à l’instrumentalisation sans apporter la preuve, le discours risque de s’user. L’opinion publique gabonaise, marquée par des années de tensions, est sensible aux symboles. Mais elle réclame aussi des faits. Or, pour l’instant, EPG oppose l’indignation à la décision de justice, sans démonter juridiquement cette dernière.
Un coup politique à double tranchant : Cette posture émotionnelle a un avantage clair : elle place le pouvoir en position d’accusé et fait de Bilie-By-Nze une figure centrale de l’opposition à l’approche des prochaines échéances. Mais elle a un revers. En refusant d’aller sur le terrain du droit, EPG laisse le champ libre à ses adversaires pour marteler que « la justice fait son travail ».
Dans une bataille de légitimité, l’émotion mobilise à court terme. Le droit, lui, convainc dans la durée. Pour l’heure, Ensemble Pour le Gabon a choisi son camp : celui de la colère. Reste à savoir si la colère suffira à faire plier une décision de justice.
