Forum international sur l’IA et la transition numérique en Afrique
Rabat donne le coup d’envoi de la première rencontre de haut niveau sur les I.A et leurs impacts techniques, humaines et financières sur le développement économique et social de l'Afrique.
R abat, 14 mai 2026 - La capitale marocaine est depuis lundi le carrefour des réflexions stratégiques africaines sur le numérique. Placé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Forum international sur l’intelligence artificielle, la transition numérique, l’énergie et la connectivité en Afrique tient sa première édition, organisée par le Centre Africain de Formation et de Recherche Administratives pour le Développement (CAFRAD). Pendant trois jours, ministres, experts internationaux, chercheurs, opérateurs privés et bailleurs de fonds planchent sur une question centrale : comment faire des technologies émergentes un levier de souveraineté et de développement inclusif pour le continent.
Pourquoi ce forum, pourquoi maintenant ? L’Afrique compte 1,4 milliard d’habitants, dont 60% ont moins de 25 ans, et une pénétration d’internet qui dépasse désormais 43%. Pourtant, le continent ne représente encore que 0,1% des capacités mondiales de stockage de données et 2% des investissements en IA. Le décalage entre potentiel démographique et infrastructures numériques crée une urgence.
Le Forum de Rabat veut donc répondre à trois enjeux majeurs : Souveraineté numérique : Face à la dépendance aux data centers étrangers et aux modèles d’IA entraînés hors du continent, les participants appellent à des stratégies nationales de cloud, à la mutualisation des supercalculateurs régionaux et à la production de données africaines pour des IA adaptées aux langues et réalités locales. Énergie et connectivité : Déployer l’IA et le numérique sans résoudre le déficit énergétique est illusoire. 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité. Le forum lie explicitement transition numérique et transition énergétique, en explorant les smart grids, le solaire décentralisé et les câbles sous-marins comme 2Africa pour baisser le coût du gigaoctet. Gouvernance et compétences : L’automatisation pourrait toucher 230 millions d’emplois en Afrique d’ici 2030. Former les administrations, créer des cadres réglementaires agiles et retenir les talents sont présentés comme conditions de réussite. Le CAFRAD mise sur la formation des hauts fonctionnaires pour éviter que la révolution numérique n’élargisse la fracture entre États. Les ambitions affichées .
1. Un pacte africain pour l’IA éthique et ouverte Plusieurs délégations poussent pour une charte continentale qui encadre l’usage des données publiques, favorise l’open source et impose des audits d’algorithmes. L’idée : éviter la reproduction de biais et garantir que l’IA serve l’agriculture, la santé et l’éducation avant le divertissement.
2. Des corridors numériques régionaux Le forum défend l’interconnexion des marchés via des plateformes e-gov interopérables, des identités numériques reconnues d’un pays à l’autre et des zones franches pour les startups deeptech. Objectif chiffré évoqué : réduire de 50% le coût de l’internet mobile d’ici 2030.
3. Financer l’infrastructure plutôt que les gadgets Banques de développement et fonds privés sont appelés à réorienter les capitaux vers les data centers verts, les réseaux de fibre et la formation de 3 millions de développeurs et data scientistes africains. Le Maroc propose Rabat comme hub de mutualisation, avec son nouveau supercalculateur Toubkal 2 en vitrine.
Un signal politique fort : En plaçant l’événement sous son Haut Patronage, Mohammed VI confirme la stratégie marocaine de faire du numérique un axe de coopération Sud-Sud. Pour le CAFRAD, institution panafricaine basée à Tanger, il s’agit aussi de repositionner l’administration publique au cœur de l’innovation, plutôt que de la laisser subir les transformations. Au-delà des discours, le succès de cette première édition se mesurera à la mise en place d’un mécanisme de suivi : un observatoire africain de l’IA et du numérique, dont la création devrait être annoncée à la clôture. Si l’Afrique rate le virage de l’IA, elle risque une nouvelle dépendance technologique. Si elle le négocie, elle dispose d’un levier inédit pour sauter des étapes de développement. C’est tout l’enjeu du rendez-vous de Rabat.
