BGFI à la BVMAC : une introduction en Bourse sous dérogation qui révèle les fragilités du marché régional
L’introduction en Bourse de BGFI Holding Corp (BHC) sur la BVMAC marque une étape importante pour le marché financier de la Cemac, mais elle met également en lumière ses limites structurelles. Bien que l’opération ait permis de lever 45,3 milliards de F CFA auprès de 7 601 investisseurs, elle reste en deçà des exigences réglementaires, notamment en matière de flottant minimal, fixé à 10% du capital.En n’atteignant qu’environ 36% de cet objectif, BHC aurait normalement dû voir son admission rejetée.
P ourtant, la BVMAC a accordé une dérogation exceptionnelle, justifiée par le caractère stratégique et « historique » de l’opération. Cette décision illustre la volonté des autorités boursières de dynamiser une place financière encore peu développée, qui ne compte que six sociétés cotées et souffre d’un manque chronique de liquidité.Cependant, cette flexibilité réglementaire soulève des interrogations sur la gouvernance du marché.
Le rôle central d’Henri-Claude Oyima, à la fois président de la BVMAC et dirigeant de BGFI, alimente les critiques sur un possible conflit d’intérêts, dans un contexte où la crédibilité institutionnelle est essentielle pour attirer les investisseurs.Sur le plan financier, cette introduction confirme la faible profondeur du marché régional.
Le niveau élevé du ticket d’entrée et la concurrence des titres publics, qui captent l’essentiel de la liquidité (9 500 milliards de F CFA contre 1 400 milliards pour les obligations cotées), limitent fortement la participation des investisseurs particuliers.BGFI s’est engagée à compléter son flottant dans un délai de 18 mois, condition nécessaire pour renforcer la liquidité de son titre et asseoir la confiance du marché.
Reste que cet épisode souligne un dilemme majeur : faut-il assouplir les règles pour stimuler la croissance du marché, au risque d’en fragiliser les principes, ou maintenir une rigueur réglementaire au risque de freiner son développement ?Au-delà du cas BGFI, c’est bien la capacité de la BVMAC à structurer un marché crédible, liquide et attractif qui est en jeu.
