Conflit foncier à Akanda : La communauté musulmane dénonce une occupation illégale et des manœuvres dilatoires
Le droit de propriété peut-il céder face à la loi du nombre ? C'est la question que pose l'épineux conflit qui oppose le Conseil supérieur des affaires islamiques du Gabon (CSAIG) à un groupe de squatters installés sur sa parcelle d'Akanda. Saisie le 11 février, la justice est désormais au cœur d'un dossier où se mêlent titre foncier authentique, accaparement de terres et projets d'intérêt général compromis.
L 'objet du litige ? La parcelle communautaire n°1/402 Akanda, titrée sous le numéro foncier 19595. Un bien dont la légalité ne fait aucun doute : issu de l'ordonnance n°00000005/PR/2012 du 13 février 2012 et ratifié par la loi n°003/2012 du 13 août 2012, ce terrain appartient de plein droit à la communauté musulmane du Gabon. Pourtant, près de 80 % de cet espace est aujourd'hui occupé par une quatre-vingtaine de personnes, installées en violation manifeste de la législation foncière.
Face à cette situation, le CSAIG a actionné tous les leviers juridiques. Une première plainte a été déposée auprès du procureur de la République pour obtenir la cessation des troubles et l'expulsion des occupants illégaux. Parallèlement, une seconde procédure vise spécifiquement le chef présumé des squatters, sieur Michel Moudaba, poursuivi pour "faux, usage de faux et usurpation de titre". Ce dernier, à la tête d'un collectif restreint, se rendrait également coupable de reventes illégales de parcelles à des expatriés, ajoutant l'escroquerie à l'occupation frauduleuse.
Le paradoxe de cette affaire réside dans l'attitude des parties. Alors que la communauté musulmane tend la main en proposant un recensement et une cession encadrée des espaces occupés moyennant des coûts sociaux forfaitaires, les squatters, encouragés selon plusieurs sources par des imams récalcitrants, refusent toute médiation. Une résistance d'autant plus incompréhensible que la même parcelle accueille déjà, en toute légalité, un commissariat de police, preuve que le dialogue et le respect du droit sont possibles.
Au-delà du simple contentieux foncier, ce sont des projets structurants pour l'ensemble de la nation qui se trouvent entravés. La communauté musulmane porte en effet sur ce terrain un vaste programme incluant une université, un centre hospitalier, une clinique et des infrastructures éducatives. Autant d'équipements destinés à tous les Gabonais, dont la réalisation est aujourd'hui suspendue à la résolution de ce bras de fer juridique.
Dans ce climat tendu, les attaques personnelles se multiplient contre Abdu Razzaq Guy Kambongo, chef de la communauté musulmane, victime d'une campagne de dénigrement. Mais comme le rappellent les documents officiels, cette parcelle n'est pas la propriété d'un homme, mais le patrimoine d'une communauté tout entière. La justice devra trancher, en rappelant une évidence : au Gabon, l'état de droit ne saurait s'accommoder de la loi du plus fort.
