Affaire ClikAfrik : Le Ministre Mark Alexandra Ndoumba dans la tourmente.
Cinquième République gabonaise : la corruption change de visage, pas de méthode.
D ’après une note explicative estampillée Caisse de Sécurité Sociale, une procédure potentiellement viciée aurait débouché sur l’attribution d’un marché public à 3,24 milliards de FCFA en 2023 contre un taux d’exécution de seulement 8 % en 2026 et un conflit d’intérêts présumé.
La Cinquième République gabonaise, annoncée comme l’ère de la rupture, de la transparence et de l’éthique publique, serait aujourd’hui rattrapée par une série de scandale qui mettent à nu la persistance des pratiques les plus décriées de l’ancien système. Au cœur de cette nouvelle affaire présumée : Mark Alexandre Doumba, actuel ministre de l’Économie numérique et ancien Directeur Général de la société CLIKAFRIK.
Un contrat surdimensionné, un taux d’exécution dérisoire : En 2023, un contrat d’un montant de 3,24 milliards de FCFA est attribué à la société CLIKAFRIK par la CNSS et la CNAMGS pour la mise en place d’une plateforme numérique de guichet unique des caisses sociales. Longtemps après la signature, le constat est accablant : le taux de réalisation ne dépasse pas 8 %. Plus troublant encore, une offre concurrente proposait la même solution technique pour 800 millions de FCFA, soit quatre fois moins cher. L’écart n’est ni marginal ni explicable par une simple différence d’expertise : il pose frontalement la question d’une possible surfacturation massive, estimée à 2,4 milliards de FCFA.
Un contrat surdimensionné, un taux d’exécution dérisoire : En 2023, un contrat d’un montant de 3,24 milliards de FCFA est attribué à la société CLIKAFRIK par la CNSS et la CNAMGS pour la mise en place d’une plateforme numérique de guichet unique des caisses sociales. Longtemps après la signature, le constat est accablant : le taux de réalisation ne dépasse pas 8 %. Plus troublant encore, une offre concurrente proposait la même solution technique pour 800 millions de FCFA, soit quatre fois moins cher. L’écart n’est ni marginal ni explicable par une simple différence d’expertise : il pose frontalement la question d’une possible surfacturation massive, estimée à 2,4 milliards de FCFA.
Un conflit d’intérêts présumé que l’État feint d’ignorer : Au moment de l’attribution du marché, Mark Alexandre Doumba dirigeait CLIKAFRIK. Aujourd’hui ministre, il se retrouve à la tête du département chargé de superviser un projet dont son entreprise est bénéficiaire. Ce chevauchement constitue un potentiel conflit d’intérêts manifeste, incompatible avec les principes élémentaires de gouvernance publique. Dans n’importe quel État se revendiquant de l’État de droit, une telle situation aurait conduit, au minimum, à une mise en retrait immédiate. Au Gabon, elle a débouché sur une promotion ministérielle.
Un projet techniquement rejeté, institutionnellement imposé ? Selon une note administrative interne largement diffusée, les prestations livrées par CLIKAFRIK seraient techniquement inexploitées, faute de cahier des charges, en violation flagrante des règles de passation des marchés publics. Les caisses sociales concernées auraient formellement rejeté la solution. Malgré cela, des pressions auraient été exercées pour maintenir le projet. Pourquoi ? À qui profite réellement cette obstination ?
La Cinquième République, miroir de l’ancienne gouvernance La promesse était claire : rompre avec le clientélisme, la prédation des ressources publiques et l’impunité des élites. La réalité est plus cruelle. Les nominations semblent répondre à des logiques d’affiliation clanique, confessionnelle ou relationnelle, bien plus qu’à des critères de compétence ou d’intégrité. Les visages changent, les méthodes demeurent.
Judith Lekogo brise l’omerta Dans une publication remarquée sur Facebook, la députée Judith Lekogo refuse la complaisance : « Nous ne sommes pas face à une simple difficulté de mise en œuvre. Nous sommes face à un enchaînement de manquements graves qui interrogent directement notre conception de l’État, de l’éthique publique et de la responsabilité politique. » Elle interroge, avec justesse : • Comment engager un projet stratégique sans respect des règles de marchés publics ? • Comment accepter l’absence totale de cahier des charges ? • Comment justifier l’imposition d’une solution rejetée par ses bénéficiaires ? Ces questions ne sont pas techniques. Elles engagent l’honneur de l’État.
Audit indépendant ou faillite morale : La députée appelle à un audit indépendant et à la suspension immédiate du projet. C’est le minimum requis face à un scandale d’une telle ampleur. Mais l’enjeu dépasse l’audit : il est politique. Un ministre directement impliqué peut-il rester en fonction sans discréditer l’ensemble du gouvernement ?
La corruption, cancer persistant de la République : Cette affaire n’est pas un accident. Elle est le symptôme d’un mal structurel : la confusion entre intérêts privés et responsabilités publiques, l’absence de contre-pouvoirs effectifs, l’impunité des élites. Tant que la justice restera à géométrie variable, tant que la loyauté primera sur l’intégrité, tant que les milliards publics seront traités comme des butins, le Gabon continuera de s’enfoncer. Le peuple gabonais mérite mieux qu’une République de façade. Il mérite la vérité, la transparence et la responsabilité. La Cinquième République avait promis le changement. Les faits, eux, racontent une inquiétante continuité.
