Éducation nationale : la colère sourde des enseignants
Alain Mouagouadi fustige une communication jugée méprisante et alerte sur une précarité devenue chronique
L a récente déclaration du ministre intérimaire de l’Éducation nationale, assimilant le paiement des vacations à un « petit cadeau de Noël », a suscité une vague d’indignation dans le milieu éducatif. Parmi les voix les plus critiques, celle d’Alain Mouagouadi, conseiller pédagogique, qui dénonce une banalisation de la précarité des enseignants et appelle à des réformes structurelles urgentes.
LIBREVILLE – La sortie médiatique du ministre intérimaire de l’Éducation nationale, Simplice Désiré Mamboula, continue de faire des vagues. En qualifiant le paiement à venir des vacations de « petit cadeau de Noël », le membre du gouvernement a ravivé un malaise profond au sein d’un corps enseignant éprouvé par des années de lenteurs administratives et de promesses non tenues.
Dans une réaction publiée le 12 décembre sur les réseaux sociaux, Alain Mouagouadi, conseiller pédagogique et acteur engagé du secteur éducatif, a vivement dénoncé une communication qu’il juge « déplacée et déconnectée des réalités du terrain ». Selon lui, présenter les vacations comme une faveur relève d’une méconnaissance, voire d’une minimisation, du combat quotidien des enseignants. « Ce n’est pas un cadeau, c’est un dû », tranche-t-il, rappelant que ces rémunérations sont souvent versées avec plusieurs années de retard.
Au-delà de la forme, Alain Mouagouadi pointe un mal plus profond : la précarité administrative devenue la norme dans l’Éducation nationale. Dossiers bloqués, rappels impayés, carrières figées, autant de dysfonctionnements qui, selon lui, traduisent quinze années d’inaction et d’injustices accumulées. Un contexte qui fragilise davantage un secteur déjà sous pression.
L’acteur éducatif s’est également attardé sur l’introduction de l’Approche par compétences (APC) dans les collèges, qu’il estime avoir été menée sans préparation suffisante. « On réforme sans former, on exige sans donner les moyens », déplore-t-il, voyant dans cette situation l’illustration d’une gouvernance éloignée des réalités scolaires. Il rappelle à ce titre que la loi 1/2005 portant statut général de la fonction publique fixe clairement les obligations de l’État envers ses agents.
Pour Alain Mouagouadi, la controverse actuelle dépasse largement la question des vacations. Elle révèle un système dans lequel des agents de l’État travaillent sans garantie de rémunération régulière ni de perspectives de carrière claires. Une situation d’autant plus préoccupante que la transition politique avait fait naître l’espoir d’un changement de pratiques.
« Beaucoup d’enseignants ont aujourd’hui le sentiment amer que rien n’a véritablement changé », regrette-t-il, appelant les autorités à privilégier l’écoute, l’apaisement et surtout des réformes concrètes. À ses yeux, la restauration de la confiance entre l’État et les enseignants passe par le respect des droits acquis et une gouvernance éducative plus responsable.
