Coût de la dette publique en 2027 : 2690 milliards à payer aux créanciers, combien restera-t-il pour les Gabonais ?
Ve République : trois ans après, l'équation de la dette reste sans solution. 2 690 milliards de FCFA en 2027, le prix exorbitant de la dette gabonaise dont les charges de remboursement étouffent les ambitions gouvernementales.
D epuis le changement de régime du 30 août 2023, la trajectoire de l’endettement gabonais demeure préoccupante. Entre déficits budgétaires, accumulation d’arriérés, remboursement des échéances anciennes et nouveaux emprunts destinés à financer les investissements publics, le projet de loi de finances 2027 révèle une contrainte financière devenue structurelle : près de 2 690 milliards de FCFA devront être mobilisés pour assurer le service de la dette.
Au lendemain du 30 août 2023, les nouvelles autorités ont hérité d'une situation financière particulièrement dégradée. Mais trois ans après le changement de régime, la question de la soutenabilité de la dette reste entière. Les données du Fonds monétaire international (FMI) permettent de mesurer l'ampleur du défi : le ratio de la dette publique, estimé à 70,5 % du PIB en 2023, devait atteindre 73,1 % en 2024 et 78,9 % en 2025, selon les projections présentées dans la consultation au titre de l'article IV publiée en mai 2024.
Cette dégradation ne peut toutefois être imputée exclusivement à la période de transition. Le FMI souligne que les déséquilibres budgétaires se sont fortement creusés dès 2022 et 2023, avant et autour du changement de régime. Les déficits primaires hors pétrole, les dépassements de dépenses et l'accumulation d'arriérés ont contribué à cette détérioration. À fin 2023, les arriérés nouvellement identifiés étaient estimés à 12,6 % du PIB. Le dépassement du plafond communautaire de 70 % d'endettement était ainsi déjà une réalité. Une dette qui absorbe une part croissante des ressources publiques Le projet de loi de finances 2027 donne une illustration particulièrement éloquente de cette pression. Le service global de la dette est évalué à 2 689,71 milliards de f.cfa, répartis comme suit :
Le remboursement du principal represente 2 022,44 milliards f.cfa soit 75,2 % du service total et le paiement des intérêts ressort à 667,27 milliards fcfa soit 24,8 % du service total. Les remboursements du principal sont des opérations de financement ; les intérêts constituent une charge budgétaire. Plus révélateur encore, les charges financières de la dette, essentiellement constituées des intérêts, progresseraient de 487,55 milliards en 2026 à 667,27 milliards en 2027, soit une augmentation de 36,9 %. Cette évolution signifie que l'État devra consacrer davantage de ressources au seul coût de son endettement, au détriment potentiel d'autres priorités publiques.
Le paradoxe du financement : emprunter pour rembourser et continuer à investir La situation devient d'autant plus préoccupante que le gouvernement prévoit de mobiliser 2 931,4 milliards de FCFA de ressources de trésorerie et de financement en 2027. Parmi ces ressources figurent notamment 1 144,1 milliards de FCFA à rechercher sur les marchés financiers internationaux, 600 milliards sur les marchés financiers sous-régionaux ou intérieurs et 300 milliards auprès du secteur bancaire. Autrement dit, alors que le Gabon doit rembourser des engagements financiers considérables, il envisage simultanément de nouveaux emprunts pour financer son budget et poursuivre son programme d'investissements. Présidence de la République Gabonaise +1
Cette stratégie pose la question du rendement économique et social de l'endettement. Les infrastructures, les équipements publics et les grands chantiers peuvent légitimement justifier le recours à l'emprunt, à condition que leur réalisation produise des richesses, améliore les recettes publiques et contribue à la croissance. Mais lorsque l'endettement finance des dépenses improductives, des dépassements budgétaires ou des projets insuffisamment évalués, il devient un facteur supplémentaire de vulnérabilité. La Banque mondiale, dans sa Revue des finances publiques du Gabon publiée en 2026, confirme cette fragilité structurelle. Elle relève que les dépenses publiques ont atteint 25 % du PIB en 2023-2024, tandis que les recettes fiscales non pétrolières n'ont représenté en moyenne que 10,5 % du PIB entre 2014 et 2024. Elle souligne également que les arriérés de dette atteignaient 3,5 % du PIB à la fin de 2025.
Le véritable test de la Ve République Au fond, le problème de la dette gabonaise ne se résume pas au montant des emprunts contractés. Il réside aussi dans la capacité de l'État à transformer ces ressources financières en richesses durables, à améliorer la mobilisation des recettes fiscales et à maîtriser ses dépenses. La nouvelle République ne peut durablement revendiquer une ambition de transformation économique tout en laissant s'accroître les contraintes liées au remboursement des engagements financiers. La multiplication des chantiers ne saurait constituer, à elle seule, un indicateur de performance économique si leur financement compromet les capacités futures de l'État.
Le gouvernement devra donc répondre à une question fondamentale : le Gabon s'endette-t-il pour construire les bases de sa prospérité future ou pour repousser les échéances d'une équation budgétaire de plus en plus difficile à équilibrer ? Entre les ambitions du Plan national de croissance et de développement 2026-2030 et les 2 689,7 milliards de FCFA nécessaires au service de la dette en 2027, la discipline budgétaire apparaît désormais comme l'un des principaux tests de crédibilité économique des autorités de la Ve République.
