Onanga Ndiaye interpelle le gouvernement sur l'autonomie financière du Parlement
Quand le Parlement tend la facture à un gouvernement étranglé par la dette et les dépenses des grands travaux
A l'Assemblée nationale, Onanga Ndiaye réclame son indépendance financière et il somme le gouvernement de desserrer les cordons de la bourse. L'indépendance institutionnelle à l'épreuve des réalités budgétaires. Une question se pose, l'indépendance politique du parlement peut-elle faire abstraction de la réalité des finances publiques ?
En dénonçant la dépendance financière de l’Assemblée nationale à l’égard du gouvernement, Michel Régis Onanga Ndiaye soulève une véritable question de séparation des pouvoirs. Mais cette interpellation, aussi légitime soit-elle sur le plan institutionnel, semble faire abstraction des fortes contraintes de trésorerie auxquelles l’État est confronté, entre endettement public élevé, service de la dette et financement des grands chantiers nationaux.
La question de l’autonomie financière du Parlement s'invite dans le débat sur la gouvernance des institutions gabonaises. Le 3 novembre 2026, à l’occasion de la séance des questions orales au gouvernement, le président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga Ndiaye, a publiquement dénoncé les difficultés financières de l’institution qu’il dirige. « L’Assemblée nationale souffre. Nous n’avons pas de moyens d’action », a-t-il déclaré, avant de demander au vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, de garantir à la chambre basse les ressources nécessaires à son fonctionnement.
Sur le fond, l'interpellation est politiquement et institutionnellement fondée. Comment une Assemblée nationale peut-elle exercer pleinement sa mission constitutionnelle de contrôle de l’action gouvernementale lorsqu'elle demeure financièrement tributaire de l’exécutif qu’elle est précisément chargée de contrôler ? La dépendance budgétaire peut, en effet, devenir un facteur de fragilisation de l’indépendance parlementaire. L’autonomie financière ne constitue donc pas une faveur du gouvernement, mais une exigence de bon fonctionnement de la séparation des pouvoirs.
Toutefois, cette critique appelle une mise en perspective que le président de l’Assemblée nationale semble avoir quelque peu éludée : celle de la réalité des finances publiques gabonaises. Le gouvernement évolue dans un environnement budgétaire particulièrement contraint. Selon le projet de loi de finances 2027, le service de la dette publique devrait atteindre environ 2 689,7 milliards de FCFA, comprenant le remboursement du principal et le paiement des intérêts.
À cela s'ajoutent les besoins de financement des infrastructures, les engagements liés aux nombreux chantiers en cours et les dépenses de fonctionnement de l'État. Plus préoccupant encore, les données du budget rectificatif 2026 font apparaître un déficit de financement de 915,6 milliards de FCFA et une augmentation importante des charges financières de la dette. La Banque mondiale, dans sa revue des finances publiques du Gabon publiée en 2026, alerte également sur les risques budgétaires, l'accumulation des arriérés et l'insuffisance des recettes fiscales hors pétrole. Banque mondiale
Dans ce contexte, reprocher au gouvernement de ne pas mettre suffisamment de moyens à la disposition du Parlement sans évoquer les arbitrages budgétaires auxquels il est confronté peut apparaître comme une lecture partielle de la situation. Cela ne dédouane nullement l'exécutif de ses obligations envers la représentation nationale, mais rappelle que l'autonomie financière des institutions doit également s'inscrire dans une trajectoire budgétaire soutenable.
Le véritable enjeu dépasse donc la question des moyens de fonctionnement de l’Assemblée nationale. Il porte sur la capacité de l'État à organiser une séparation effective des pouvoirs sans transformer les difficultés de trésorerie en instrument de dépendance institutionnelle. Le gouvernement doit garantir au Parlement les ressources votées et nécessaires à ses missions, tandis que l'Assemblée doit veiller à la transparence de leur utilisation et à la soutenabilité de ses propres dépenses. Au fond, une question mérite d'être posée : peut-on exiger du gouvernement qu'il finance pleinement toutes les institutions et tous les chantiers nationaux dans un contexte de fortes contraintes d'endettement, sans s'interroger simultanément sur la hiérarchisation des priorités publiques ?
L'indépendance du Parlement est une exigence démocratique. Mais elle ne saurait être dissociée de la responsabilité budgétaire. L'autonomie financière ne doit pas devenir un privilège institutionnel supplémentaire ; elle doit être le socle matériel d'un véritable contre-pouvoir républicain.
