Gabon : Daniel Mengara dénonce les contradictions d’un pouvoir qui s’endette en accusant sa propre administration
Dans une charge satirique contre le président en exercice, le professeur Daniel Mengara met en scène un chef de l’État qui concentre tous les pouvoirs, revendique une expertise universelle et reproche pourtant au gouvernement qu’il dirige sa propre lenteur, sur fond de dette croissante et de défiance financière.
À travers une critique mordante, Daniel Mengara attaque la gouvernance du président gabonais en dénonçant la concentration des responsabilités, les annonces contradictoires sur le remboursement de la dette et la dégradation de la situation financière du pays. Son texte oppose la communication triomphante du pouvoir à des indicateurs présentés comme alarmants : arriérés, charges d’intérêts, recours répété à l’emprunt et dégradation des notations souveraines.
Dans son texte, Daniel Mengara ne livre pas une simple critique de politique économique. Il construit une charge globale contre le mode d’exercice du pouvoir présidentiel. Sa cible principale est un dirigeant présenté comme cumulant les fonctions de président de la République, chef du gouvernement et « ministre de tout », tout en intervenant directement dans les dossiers administratifs, les chantiers et les décisions techniques. L’attaque repose d’abord sur une contradiction centrale : le président concentrerait entre ses mains les principaux leviers de décision, mais se plaindrait néanmoins de la lenteur du gouvernement qu’il dirige lui-même. Pour l’auteur, cette posture revient à dénoncer les conséquences d’un système dont le chef de l’État assume pourtant la conception et le fonctionnement.
Mengara s’en prend également à la personnalisation extrême du pouvoir. Par une succession d’ironie et d’exagérations assumées, il décrit un président qui se comporterait comme un expert de tous les domaines : architecture, économie, finances publiques, administration et gestion des chantiers. Cette mise en scène vise à souligner le risque d’un pouvoir où les compétences techniques et les procédures institutionnelles seraient subordonnées à la volonté d’un seul homme. Le deuxième axe de la critique concerne la dette publique. L’auteur oppose les déclarations présidentielles annonçant le paiement des créanciers internationaux à la persistance, selon lui, d’un endettement élevé, d’arriérés et de nouvelles demandes de financement. Il cite notamment les charges financières prévues au budget, les intérêts de la dette, les arriérés envers des créanciers extérieurs et les besoins de nouveaux emprunts.
Cette contradiction entre les annonces officielles et les données financières constitue le cœur de l’accusation. Mengara suggère que la proclamation d’une dette « payée » aurait été rapidement démentie par la réalité budgétaire. Il présente ainsi le pouvoir comme prisonnier d’une communication politique fondée sur les promesses, alors que les créanciers et les institutions financières continueraient de mesurer la solvabilité du pays à partir d’indicateurs beaucoup moins favorables. Le texte s’appuie ensuite sur les positions attribuées au Fonds monétaire international, à la Banque mondiale et aux agences de notation. Les références à Moody’s et Fitch servent à renforcer l’idée d’une perte de confiance des partenaires financiers. Les perspectives négatives, les niveaux de notation très faibles et les avertissements sur le risque de restructuration sont présentés comme les signes d’un Gabon placé sous perfusion financière.
Au-delà des chiffres, l’auteur dénonce donc une gouvernance qu’il juge incohérente. D’un côté, le pouvoir proclamerait l’avènement d’un Gabon modernisé, prospère et comparable aux grands modèles internationaux. De l’autre, le pays resterait dépendant de financements extérieurs, confronté à des difficultés de liquidité et incapable, selon lui, de stabiliser durablement ses comptes publics. La satire occupe une place centrale dans cette démonstration. Les références à « l’expert de tout », au « chef de tout » ou encore au ministère imaginaire de la lutte contre la lenteur du gouvernement permettent à Mengara de tourner en dérision la concentration des fonctions et la personnalisation de l’autorité. L’humour sert ici une accusation politique : si le président supervise tout, il ne peut, selon l’auteur, se décharger entièrement sur son administration lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous.
La critique vise également la continuité supposée entre les pratiques actuelles et celles de l’ancien système. En évoquant un « bongoïsme à peine déguisé », Mengara conteste le récit d’une rupture radicale avec le passé. Il suggère que les changements de titres, de discours et de dirigeants ne suffiraient pas à transformer les mécanismes de gouvernance si la concentration du pouvoir, l’opacité financière et la dépendance à l’endettement demeurent. L’attaque de Daniel Mengara est donc à la fois économique, institutionnelle et politique. Elle met en cause la crédibilité des annonces officielles, la cohérence de la politique budgétaire et la responsabilité du président dans les dysfonctionnements qu’il dénonce lui-même. Elle repose toutefois sur un registre polémique et satirique : les chiffres et les références financières y sont mobilisés dans une argumentation militante qui appelle, pour être pleinement établie, une vérification indépendante des données et des déclarations citées.
Au fond, le message adressé au président est simple : celui qui concentre les pouvoirs ne peut revendiquer les succès et attribuer les échecs à un gouvernement qu’il contrôle. Pour Mengara, la question de la dette ne relève donc pas seulement de la comptabilité publique. Elle révèle une crise de responsabilité politique, dans laquelle les promesses de prospérité se heurtent à la réalité des emprunts, des intérêts et de la défiance des créanciers. La conclusion de l’auteur prend la forme d’un avertissement : un État peut accélérer les transitions, multiplier les titres et contracter rapidement de nouveaux emprunts, mais il finit par devoir répondre de ses engagements. Derrière la satire, Daniel Mengara appelle ainsi à une clarification des responsabilités, à davantage de transparence financière et à une évaluation concrète des résultats de la gouvernance présidentielle.
