Gabon : Marché public attribué, fonds encaissés, prestataire évaporé
De l'attribution au décaissement : Anatomie d'une faille dans la surveillance des fonds publics.
C omment un opérateur économique étranger peut-il obtenir un marché public de plusieurs milliards f.cfa, percevoir des fonds publics gabonais, puis disparaître du territoire sans que les mécanismes de contrôle aient permis de prévenir un tel scénario ?
Au-delà du bénéficiaire des fonds, cette question interpelle toute la chaîne de décision, de validation et de surveillance de la dépense publique. Il n’a pas braqué une banque, ni forcé un coffre. Il a obtenu un marché, bénéficié de procédures administratives et reçu de l’argent public. Des responsables gabonais ont signé, d’autres ont autorisé ou exécuté les paiements. Et si, au terme de l’opération, le prestataire disparaît avec les fonds, une question s’impose : où étaient les contrôles, les garanties et les mécanismes de suivi ? Cette situation, lorsqu’elle est établie, révèle moins la sophistication d’une éventuelle fraude que les failles d’un système incapable de protéger efficacement les ressources nationales. La responsabilité ne saurait être recherchée uniquement auprès du bénéficiaire des paiements. Elle doit également être examinée à chaque étape : sélection du prestataire, vérification de ses capacités, contrôle de l’exécution du marché, certification des prestations et autorisation des décaissements.
La nationalité étrangère d’un opérateur économique ne constitue évidemment pas une preuve de malversation. Mais aucun prestataire, gabonais ou étranger, ne devrait pouvoir engager les finances publiques sans garanties suffisantes, ni échapper aux conséquences de ses obligations contractuelles. La commande publique ne doit être ni un guichet sans contrôle ni une occasion d’enrichissement au détriment de la collectivité. L’urgence est donc à la rigueur : renforcer les vérifications préalables, conditionner les paiements à des prestations dûment constatées, assurer la traçabilité des fonds et poursuivre les responsabilités en cas de manquements établis. Les agents publics qui engagent ou décaissent les deniers de l’État doivent eux aussi rendre compte de leurs décisions.
Le Gabon ne peut plus se permettre de perdre son argent puis de rechercher, après coup, ceux qui auraient dû le protéger. La vigilance doit précéder le décaissement, le contrôle accompagner l’exécution et la sanction suivre toute faute avérée. Car l’argent public n’appartient ni aux signataires, ni aux ordonnateurs, ni aux prestataires : il appartient au peuple gabonais. Le protéger est une obligation républicaine, pas une option administrative.
