Mairie de Libreville : taxes municipales, réseaux parallèle et suspicion d'enrichissement illicite
La suspension annoncée des arrêtés des régisseurs et des surveillants du Grand Marché remet sur la table une question explosive : les taxes payées par les commerçants alimentent-elles réellement les caisses municipales ou échappent-elles, en partie, au circuit officiel ?
L es soupçons de perceptions parallèles au Grand Marché de Libreville mettent en évidence un risque majeur de fraude dans la collecte des taxes municipales. Si ces pratiques sont confirmées, elles pourraient traduire l’existence de circuits opaques favorisant des intérêts particuliers au détriment des finances publiques. Un audit indépendant, des contrôles rigoureux et l’identification des responsabilités s’imposent.
À Libreville, la suspension annoncée des arrêtés des régisseurs et des surveillants du Grand Marché soulève une question qui ne peut plus être éludée : qui contrôle réellement l’argent collecté auprès des commerçants, et où va-t-il ? Dans les marchés municipaux, chaque taxe doit obéir à une procédure claire, donner lieu à une justification officielle et être reversée conformément aux règles en vigueur. Pourtant, les soupçons de perceptions parallèles font craindre l’existence de circuits de collecte échappant au contrôle normal de la municipalité. Si les faits sont avérés, il ne s'agirait plus de simples dysfonctionnements administratifs, mais d'une atteinte potentiellement grave aux finances publiques. Des prélèvements non autorisés, des recettes dissimulées ou des paiements sans quittance réglementaire pourraient créer un système dans lequel certains profiteraient de l'argent des commerçants sans rendre compte à la collectivité.
Le terme de « mafia fiscale » renvoie ici à un système présumé de prélèvements opaques, et non à une culpabilité déjà établie. Mais les questions soulevées sont suffisamment sérieuses pour exiger des réponses précises. Qui autorisait les collectes ? Qui fixait les montants réclamés aux commerçants ? Les sommes encaissées correspondaient-elles aux tarifs officiels ? Qui vérifiait les versements dans les caisses municipales ? Et surtout, des personnes ont-elles pu accumuler des avantages financiers indus grâce à ces mécanismes présumés ? Il ne suffit pas de suspendre des arrêtés : il faut remonter toute la chaîne de collecte, du commerçant jusqu'à la caisse municipale. Sans cette démarche, le risque serait de traiter les conséquences visibles sans identifier les éventuelles responsabilités ni les mécanismes qui auraient permis aux irrégularités de perdurer.
Lorsque des recettes publiques sont potentiellement détournées, les conséquences dépassent les pertes financières. Les commerçants peuvent subir des prélèvements injustifiés, tandis que la mairie risque de perdre des ressources destinées à l'entretien des marchés, à l'assainissement et à l'amélioration des services collectifs. Si des enrichissements illicites ont eu lieu, les investigations devront établir les flux financiers, identifier les bénéficiaires éventuels et déterminer les responsabilités individuelles, sans présumer de la culpabilité de quiconque. Pour faire toute la lumière sur cette affaire, plusieurs mesures s'imposent : un audit indépendant des recettes, le contrôle des quittances et des registres d'encaissement, le rapprochement des sommes perçues avec les montants effectivement reversés et, si des infractions sont établies, la saisine des autorités compétentes.
La suspension annoncée constitue un signal administratif, mais elle ne répond pas encore à la question essentielle : comment un éventuel système de perceptions parallèles a-t-il pu fonctionner, et pendant combien de temps ? La municipalité doit désormais apporter des réponses documentées. Les commerçants ont droit à des règles de paiement claires, à des reçus officiels et à la garantie que chaque prélèvement exigé repose sur une base légale. L'argent public n'est ni un fonds privé ni une caisse parallèle. Si des individus ont utilisé la collecte des taxes municipales pour servir leurs propres intérêts, ils doivent répondre de leurs actes devant les instances compétentes. À Libreville, l'heure n'est plus aux simples annonces. Elle est à la traçabilité des recettes, à la transparence des procédures et à la recherche de la vérité. Car une municipalité qui ne maîtrise pas la destination des taxes qu'elle prélève expose non seulement ses finances, mais aussi sa propre crédibilité. La question demeure entière : les recettes des marchés profitent-elles à la ville et à ses habitants, ou certains circuits opaques en captent-ils une partie ? L'audit des comptes et les conclusions d'une enquête rigoureuse doivent permettre de trancher.
