Le mariage de Bamako qui interroge Libreville : ils font fortune au Gabon, se marient entre-eux au Mali
Derrière le faste d'une cérémonie malienne, le symptôme d'une communauté étrangère qui prospère au Gabon sans jamais réellement s'intégrer avec les Gabonais.
E n célébrant à Bamako le mariage de son fils dans un faste largement commenté sur les réseaux, la famille d'une femme d'affaires malienne installée au Gabon a ravivé un débat ancien. Celui du modèle d'intégration des migrants économiques qui bâtissent leur réussite au Gabon mais continuent de sceller leurs alliances familiales exclusivement entre-eux dans leur pays d'origine, au détriment des liens avec la société gabonaise.
BAMAKO/LIBREVILLE La vidéo a fait le tour des réseaux. À Bamako, pour le mariage de son premier fils, Madame Diallo Oumou Sininta, épouse d'un opérateur économique malien établi de longue date au Gabon, apparaît parée d'or massif, distribuant d'importantes liasses aux griots sous les acclamations. Si la scène a été présentée comme une coutume familiale, elle révèle une réalité sociologique plus large et bien connue à Libreville. Une part importante des opérateurs économiques étrangers qui font fortune au Gabon organise l'essentiel de sa vie sociale et matrimoniale en dehors du Gabon.
Les mariages sont contractés avec des ressortissants du pays d'origine. Les célébrations les plus coûteuses, les investissements symboliques et les dons les plus ostentatoires se font là-bas. Les unions avec des Gabonais et des Gabonaises restent l'exception. Ce choix n'est pas anodin. Se marier est le premier acte d'intégration. En le refusant systématiquement, ces communautés prospères entretiennent une séparation volontaire. On gagne sa vie au Gabon, mais on fonde sa famille, on affiche sa réussite et on transmet son patrimoine ailleurs.
À terme, c'est une forme de ségrégation du tissu économique et social gabonais qui s'accélère. Des communautés fermées, organisées en réseaux d'origine, cohabitent avec les Gabonais sans jamais se mêler à eux. Le mariage de Bamako n'est donc pas un simple fait divers festif, c'est le symbole d'une intégration manquée.
