Quand l'orpaillage illégal des étrangers asphyxie les mangroves du Gabon : Un écosystème irremplaçable sacrifié
Minkébé - Pongara : 19 interpellations, 80 hectares perdus, un même pillage.Or sale contre or vert : Le Gabon pillé sur deux fronts.
A u Gabon, deux fronts d'une même crise écologique se rejoignent : au fond de la forêt et sur le littoral. L'orpaillage clandestin et la coupe illégale étranglent les écosystèmes. Des réseaux transfrontaliers éventrent les sols aurifères de Minkébé au mercure, tandis que les mangroves de l'Estuaire, puits de carbone unique au monde, disparaissent sous la pression anthropique.
Le Gabon, considéré comme l'un des rares pays absorbeurs nets de carbone, subit une double érosion de ses services écosystémiques régulateurs. D'un côté, l'orpaillage clandestin provoque un décapage des horizons pédologiques, une augmentation critique de la turbidité et une contamination au mercure des hydrosystèmes. De l'autre, la destruction des mangroves - qui séquestrent le carbone quatre fois plus vite que les forêts terrestres et assurent une fonction de filtration, de fixation des sédiments et de barrière contre l'érosion côtière - compromet la résilience climatique du Grand Libreville. Deux phénomènes liés par une même logique : l'exploitation illégale et non durable de zones à haute valeur écologique.
L'opération de sécurisation menée les 28 et 29 septembre dans le Parc National de Minkébé, joyau de 7 000 km² dans l'Ogooué-Ivindo, illustre la persistance du phénomène. Dix-neuf ressortissants étrangers ont été interpellés pour exploitation illégale de l'or et pénétration non autorisée dans un site protégé. Selon l'Agence Gabonaise de Presse, le groupe était composé de 11 Camerounais, 3 Tchadiens, 2 Congolais, 2 Nigériens et 1 Ivoirien, dont 16 sans carte de séjour. Ce n'est pas un fait isolé. Quelques mois plus tôt, l'opération "Ekura" à Etéké (Ngounié) avait interpellé 55 personnes, dont 28 ressortissants chinois. Les deux opérations portent à 74 le nombre de personnes interpellées en 2026 dans ce cadre.
Le constat écologique est sévère. L'orpaillage clandestin y détruit tout. Sols éventrés, cours d'eau détournés et pollués au mercure, habitats naturels saccagés. En termes d'expert, on observe : Décapage et déstructuration des sols et destruction du couvert végétal Altération des cours d'eau par augmentation de la turbidité et de la sédimentation lors du lavage des minerais Risque de bioaccumulation du mercure dans la chaîne trophique aquatique. Sur le littoral, l'autre hémorragie est silencieuse mais mesurable. Le Gabon abrite les plus hautes mangroves du monde, atteignant jusqu'à 60 mètres de hauteur dans le Parc de Pongara.
Pourtant, le 23 juillet 2025, à l'occasion de la journée mondiale des mangroves, Libreville offre une vue sur près de 80 hectares sacrifiés sur l'autel de l'immobilier. En 3 ans, Libreville a perdu 70 hectares de mangroves. Les moteurs sont multiples : exploitation abusive, immigration clandestine, coupe illégale et spéculation foncière. Or, ces mangroves ne sont pas de simples forêts. Elles séquestrent le gaz à effet de serre quatre fois plus vite que les forêts terrestres. Elles retiennent les sédiments, filtrent les eaux qui alimentent les nappes phréatiques et retiennent les déchets et substances toxiques dirigés vers la mer. Leur destruction accentue directement les inondations en zone urbaine.
Face à cela, le cadre légal existe - arrêté de protection de 2020, mission de contrôle lancée le 24 juin 2025 par le ministère de l'Environnement - mais les opérations ponctuelles ne suffisent plus. Tant que la surveillance demeure réactive, la double perte continuera : perte de souveraineté sur l'or et perte irréversible de nos infrastructures naturelles de protection côtière.
