Gabon : la « SOGACHOM », symptôme d’une économie qui échappe aux nationaux
Avec un secteur entrepreunarial et informel contrôlé à près de 80% par les étrangers, notre économie n'est plus une économie nationale, c'est la SOGACHOM - Société Gabonaise de Chômage. Autrement dit, la domination économique étrangère alimente-t-elle la Société Gabonaise de Chômage « SOGACHOM » ?
E ntre poids du secteur informel, contrôle d’une majorité du tissu entrepreneurial et chômage persistant, la faible intégration des nationaux dans l’économie productive pose la question de la souveraineté économique et de l’efficacité des politiques publiques de l’emploi.
Avec un taux de chômage estimé à 25 % de la population active dont 35% chez les jeunes en 2025, le Gabon fait face à un paradoxe majeur : un pays riche en ressources naturelles, mais dont une partie importante de la population peine à accéder à des emplois décents. La place des opérateurs étrangers dans l’économie, les mécanismes de recrutement et les faiblesses du contrôle public alimentent le débat sur la préférence nationale et la responsabilité des pouvoirs publics. Derrière l’abondance des ressources naturelles du Gabon se dessine une question fondamentale : qui contrôle réellement les activités économiques et qui bénéficie des emplois qu’elles génèrent ? Si les entreprises étrangères contribuent aux investissements, aux échanges et à la création de richesses, leur poids dans certains secteurs, combiné à la faiblesse de l’entrepreneuriat national, peut accentuer la dépendance économique du pays.
Le problème devient politique lorsque l’accès aux opportunités économiques semble davantage profiter aux réseaux étrangers établis qu’aux travailleurs et entrepreneurs gabonais. Des pratiques de recrutement défavorables aux nationaux, lorsqu’elles sont avérées, ainsi que l’insuffisance des contrôles sur les obligations sociales et professionnelles, fragilisent la cohésion sociale et nourrissent le sentiment d’une marginalisation économique des Gabonais. Cette situation interroge également les relations entre intérêts économiques et pouvoir politique. Lorsque des acteurs économiques disposent d’une influence importante sur les circuits de décision, le risque existe que les politiques publiques protègent davantage des intérêts particuliers que l’emploi national. Toutefois, une telle influence doit être établie par des faits et ne saurait être déduite de la seule nationalité des investisseurs. C’est dans ce contexte que l’expression polémique de « SOGACHOM », pour Société gabonaise de chômage, prend tout son sens : elle traduit la frustration d’une population qui ne voit pas toujours les richesses nationales se convertir en emplois décents et en perspectives d’avenir.
La réponse ne peut cependant se réduire à opposer Gabonais et étrangers. Elle exige une politique d’emploi transparente, l’application effective du droit du travail, la lutte contre les recrutements discriminatoires, la formalisation des activités économiques et un soutien accru aux entrepreneurs nationaux. La souveraineté économique se mesure moins à l’origine des opérateurs qu’à la capacité de l’État à garantir que l’exploitation des richesses profite durablement à la population. Le véritable enjeu pour le Gabon est donc clair : transformer sa richesse naturelle en souveraineté productive, en emplois décents et en possibilités réelles d’ascension économique pour ses citoyens. Sans résultats tangibles, la promesse de développement risque de rester une richesse comptable pour les uns et un chômage quotidien pour les autres.
